Auteur: salahstetie (page 1 sur 18)

Invité en Bretagne 18/9/16

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Grand Officier promotion 1er janvier 2016

Grand Officier de la Légion d’Honneur – premier ministre
promotion du 1er janvier 2016

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Légiond'HonneurGradesUn ami me réveille ce matin pour m’annoncer ma promotion dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur au grade de Grand Officier. La France honore le vieux diplomate et le vieil écrivain que je suis, et c’est pour moi double source dans laquelle j’ai puisé les raisons de vivre, d’écrire et d’agir. Merci donc à la France, mon autre patrie.

Conférence au CUM de Nice 15/12/15

Nice – CUM – le mardi 15 décembre 2015 à 16h

Rencontre animée par Carine Marret et Eric Naulleau

autour de mes mémoires « L’Extravagance » Robert Laffont

http://cum-nice.org/agenda/edition-speciale-8

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Lauréat du Prix des Charmettes 2015

Après avoir reçu le Prix Saint-Simon me voici l’heureux lauréat du Prix des Charmettes (Franco-Suisse)
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Prix_des_Charmettes

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Colloque Paul Valéry, Fondation Singer-Polignac 26/11/15

IvaleryNTRODUCTION

L’année 2015 marque un tournant dans les études valéryennes puisque la parution, chez Gallimard, du treizième et dernier volume des Cahiers 1894-1914 marque l’achèvement du grand projet lancé par Nicole Celeyrette-Pietri, avec Judith Robinson-Valéry, il y a plus de trois décennies. En même temps, cette année 2015, qui est celle du soixante-dixième anniversaire de la mort de Valéry, signifie un nouveau départ : parce que son œuvre entre dans le domaine public, de nouvelles éditions vont voir le jour. Ce colloque accueilli par la Fondation Singer-Polignac est ainsi l’occasion de s’interroger sur les principes qui gouverneront ces nouvelles éditions, comme sur les traductions dont Valéry va continuer d’être l’objet dans le monde ; ces journées d’études sont donc tout naturellement internationales, ce qui est aussi une manière de souligner à quel point la réception et le commentaire de l’œuvre sont redevables à de grands universitaires étrangers, en Europe, bien sûr, mais aussi par exemple au Japon. Lu et relu, Valéry néanmoins ne concerne pas la seule Université : il enrichit de sa pensée et de son écriture les écrivains et philosophes contemporains, et quelques-uns d’entre eux sont invités à témoigner de ce qu’ils lui doivent.

Valéry entre ses diamants extrêmes et ses brisures, par Salah Stétié from Fondation Singer-Polignac on Vimeo.

PROGRAMME

JEUDI 26 NOVEMBRE

9h30 – Accueil et inscription des participants

10h – Ouverture du colloque

SESSION 1

ÉCRIRE ET PENSER AVEC VALÉRY, 1

Présidence : Michel Jarrety

11h15 – Pause

13h – 14h – Buffet déjeuner

SESSION 2

ÉCRIRE ET PENSER AVEC VALÉRY, 2

Présidence : William Marx

15h45 – Pause

17h – Fin de la première journée


VENDREDI 27 NOVEMBRE

9h15 – Accueil et inscription des participants

9h30 – Ouverture de la seconde journée

SESSION 3

VALÉRY DANS LE MONDE

Présidence : Marina Giaveri

10h45 – Pause

13h – 14h – Buffet déjeuner

SESSION 4

ECRIRE ET PENSER AVEC VALÉRY (3)

Présidence : Jean-Yves Masson

SESSION 5

ÉDITER VALÉRY

Présidence : Jean-Yves Masson

15h45 – Pause

17h30 - Clôture


RÉSUMÉS

VALÉRY ENTRE SES DIAMANTS EXTRÊMES ET SES BRISURES PAR SALAH STÉTIÉ

Salah Stétié poète évoquera l’impact de la poésie de Valéry soixante-dix ans après sa mort.

Hommage à Meddeb, Tunis 7/11/15

Abdelwahab-MeddebHommage à Abdelwahab Meddeb

Tunis, le 7 novembre 2015

Un an après la mort de Abdelwahab Meddeb, la Tunisie est orpheline d’un intellectuel engagé et d’un farouche militant contre l’obscurantisme.

Source : Kapitalis.com – Transcrit et présenté par Mohamed Sadok Lejri

Abdelwahab Meddeb fut un penseur courageux et de grand talent, un écrivain et universitaire prodigue, et un poète d’une remarquable envergure. Ses ouvrages, plus d’une trentaine, contribuèrent à lever la méconnaissance de l’islam par les Occidentaux, à explorer ses diverses facettes, mais également à pointer les maux qu’il n’avait cessé d’écrire et de décrire, parmi lesquels l’extrémisme, dont soufrent les musulmans d’aujourd’hui. Il n’a pas hésité à analyser et à critiquer la vision qu’ont ces derniers des textes sacrés. Avec sa mort, c’est une perte immense, colossale pour la pensée arabe.
Un hommage lui a été rendu, le vendredi 30 et le samedi 31 octobre 2015, à la Bibliothèque nationale de Tunisie. Les communications ont été d’une très grande qualité et de prestigieux invités y ont participé. On a enregistré et retranscrit deux d’entre elles sous forme de verbatims, celles d’Alain Rey et de Salah Stétié, pour qu’elles ne sombrent pas dans l’oubli. Ces communications émises par deux des derniers dinosaures vivants sont d’une grande valeur intellectuelle et humaine. Amina, l’épouse du regretté Abdelwahab Meddeb, fut appelée au rôle de modératrice. Alain Rey et Salah Stétié ont parlé de l’écrivain à bâtons rompus, ce qui pourrait expliquer cette impression d’être en face d’un texte désorganisé et incohérent. Toujours est-il que leurs témoignages sont sincères et profonds.

Amina Meddeb : C’est une table-ronde prestigieuse pour la langue française. Je vous présente rapidement les trois intervenants, bien qu’ils soient célèbres. A ma gauche, Alain Rey, linguiste, lexicographe, directeur littéraire des éditions le ‘‘Robert’’ : le ‘‘Grand Robert’’, le ‘‘Petit Robert’’, le ‘‘Dictionnaire Historique de la langue française’’, le ‘‘Robert des noms propres’’… Abdelwahab Meddeb a collaboré à ce dernier, soit le ‘‘Robert des noms propres’’. Il a toujours été très reconnaissant à Alain Rey pour lui avoir donné la chance d’y participer et d’avoir donné une place beaucoup plus grande qu’habituellement à la culture arabo-islamique (…). La première rédaction du ‘‘Robert’’ a eu lieu à Alger. C’est amusant de voir que le plus important dictionnaire de langue française a commencé en Afrique du nord. Cette grande aventure du dictionnaire Robert s’étend entre les deux rives de la Méditerranée. Alain Rey est aussi auteur de nombreux ouvrages passionnants sur l’Histoire des mots. Il a écrit tout un livre sur le mot «révolution» (‘‘Révolution, histoire d’un mot’’) qui est sorti à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française… Je ne citerai pas tous ses ouvrages, il y en a beaucoup. Vous avez la parole Alain.

Alain-Rey

Alain Rey : Merci beaucoup Amina. Je préciserais qu’Amina a collaboré au Dictionnaire ‘‘Robert’’ d’une manière tout à fait significative, pour un des dictionnaires qui était en élaboration à Paris, et qu’elle aussi est lexicographe. Je dis elle aussi parce que le lexicographe dont je vais parler n’est pas très célébré et est insuffisamment connu : c’est Abdelwahab Meddeb. Il est venu me trouver, il venait d’arriver à Paris depuis peu de temps, et je pense que son recrutement et sa collaboration ont une signification.

La voici : il est arrivé à Paris et on lui avait demandé de s’occuper pour ce dictionnaire, qui est un dictionnaire des noms propres, donc encyclopédique d’une certaine manière, de l’art italien parce qu’il venait de faire un travail universitaire remarquable sur Michel-Ange. Ça a toujours été un immense admirateur de la Renaissance italienne et un connaisseur admirable et étonnant de l’art italien.

Je me suis trouvé un jour avec lui, beaucoup plus tard, à Florence, et j’ai été un peu ébloui. Nous avons conversé sur les lieux que nous visitions et ses connaissances, sa sensibilité… Parce que, chez Abdelwahab, la connaissance allait de pair avec l’émotion. Je pense que c’est cela qui a fondé sa capacité à s’engager dans les attitudes qu’il a pu prendre politiquement et culturellement par la suite.

Lorsqu’il est arrivé à Paris, j’ai trouvé quelqu’un d’extrêmement intelligent, très fin, mais sur ses gardes. Nous avons discuté assez longuement et j’ai tout de suite senti qu’il avait une méfiance fondamentale envers cette institution, celle de l’ensemble des dictionnaires le ‘‘Robert’’, peut-être parce que l’instigateur, qui n’y travaillait plus beaucoup, mais qui avait été à l’origine du projet, était un pied noir d’Algérie… Avec cette mentalité d’Algérie française qui a eu tellement de mal à se dissoudre dans la réalité au cours de l’Histoire.

Abdelwahab Meddeb a, par la suite, vous allez le voir, produit des textes qui n’ont pas eu l’heur de plaire à la direction de cette maison d’édition. J’ai été obligé de jouer les modérateurs et les conciliateurs. Vous allez voir ce qui s’est passé.

Parlons d’abord d’Abdelwahab lui-même : j’ai été frappé… par sa beauté d’abord ! Par son regard ! J’ai été frappé par son intelligence et sa retenue. C’était quelqu’un, je ne dirais pas forcément modeste, car je pense qu’il avait conscience de sa valeur et de ses qualités, c’était quelqu’un qui était un peu sur ses gardes dans ce milieu franco-français et parisien. Loin de tomber dans le parisianisme, il a toujours été extrêmement méfiant, puisque ses pulsions l’amenaient vers l’universel, ce qui était admirable pour le genre de travaux qu’on lui proposait. Je lui ai dit, très vite, pourquoi voulez-vous vous en tenir à l’Histoire de l’art ? Et, plus tard, il va collaborer à un projet de l’Histoire de l’art, dans un dictionnaire plus développé, mais j’ai très vite vu que c’était la personne qu’il fallait pour avoir une vision synthétique, mais en profondeur, de la culture arabo-islamique classique. Je me suis dit que jamais je ne trouverai quelqu’un d’aussi apte à le faire. Il n’était pas encore connu, il était tout jeune, mais, visiblement, sa connaissance, et sa connaissance des langues en particulier, était remarquable… Ce qui me fait faire une petite parenthèse sur l’intitulé de cette table-ronde qui, comme vous le constatez, ne l’est pas ! C’est la perversité de la langue. Une table-ronde et longitudinale… Il faut dire que la langue française n’est pas là pour la langue française, elle est là pour le langage. Toute langue de culture… Et toute langue est une langue de culture, y compris quand elle est parlée par cinq personnes au fin fond de l’Amazonie, est capable d’accéder à cette dimension supérieure qu’est le langage dans l’absolu.

Abdelwahab me l’a montré d’une manière concrète par sa double connaissance d’une part d’une langue très vivante, d’une langue très bouillonnante, qui est l’arabe de Tunisie, et d’autre part d’une langue «morte», mais avec un impact culturel considérable comparable à celui du latin ou du grec ancien, qui est l’arabe classique qu’il connaissait parfaitement. Cette double connaissance, ce bilinguisme interne, entre une langue de grande culture, l’arabe classique, qui n’est la langue maternelle d’aucun locuteur et d’une langue très vivante imprégnée de cette présence profonde en terre tunisienne… Tout ceci faisait que je voyais dans ce jeune homme l’idéal de la collaboration que je cherchais pour traiter d’Averroes, pour traiter de tous les grands noms de la civilisation arabo-islamique qui ont été évoqués tout à l’heure, d’une manière simple et accessible aux lecteurs.

J’ai tout de suite vu qu’Abdelwahab Meddeb était un vulgarisateur-né. Quand je dis vulgarisateur, je le dis en tremblant parce que c’est un mot affreux, un mot affreux qui recouvre une réalité merveilleuse. Car rien n’est plus beau que de vulgariser. Mais, malheureusement, le mot «vulgaire» a eu des malheurs en français avec des connotations que l’on aimerait voir disparaître. C’est le problème avec la langue, les mots sont pleins de pièges, ce sont des farceurs, ce sont des attrapeurs, ce sont des… Non pas des êtres vivants, mais des entités que seuls les locuteurs font vivre. La métaphore qui fait qu’on a parlé très longtemps, un peu trop longtemps, trop facilement, de la vie des mots (et de la mort des mots), une expression qui doit être reprise complètement parce que ce ne sont pas les mots qui vivent, les mots sont éternels; les mots de Virgile, les mots d’Homère sont absolument éternels. En tout les cas, sur le plan culturel et universel et dans la mesure où ils sont traduisibles, on peut les passer dans toutes les langues. Il se trouve que je suis un spécialiste de la langue française, c’est un hasard, c’est ma langue maternelle. J’ai toujours eu la plus grande admiration pour ceux et celles dont la langue maternelle n’est pas le français, mais qui l’ont choisie et qui savent s’en servir d’une manière admirable. Je n’ai qu’à regarder cette table ronde en m’oubliant et vous verrez qu’à côté de moi il y a quelqu’un [Salah Stétié] qui, venant de l’arabe comme Abdelwahab Meddeb, a su devenir un des grands poètes en français.

Et là, je ferais une petite parenthèse pour critiquer un mot qui, par ailleurs, est conçu comme sympathique : «francophone» (et «francophonie»). Un grand écrivain marocain, quand on lui dit «vous êtes un écrivain francophone», il répond «non, je suis un écrivain marocain qui écrit en français». Je pense que c’est comme ça qu’il faut voir les choses. C’est qu’une langue, à partir d’un certain moment de maturation, de pratique historique, de profondeur, de pensées naturellement héritées de grands cerveaux du passé, monte tellement en importance jusqu’à représenter à elle seule la totalité des possibilités du langage en tant que fonctionnalités et possibilités humaines. On est donc tout à fait dans la définition de l’humanisme; l’humaniste est forcément quelqu’un qui est dans le langage.

De même que l’inconscient, disait Lacan, est structuré comme un langage et qu’il n’y a pas d’autre moyen que le langage pour accéder au conscient et à l’inconscient, au collectif et à l’individuel, au sentiment et au rationnel, mais aussi, ne l’oublions pas, au mensonge. Le langage est la meilleure et la pire des choses à la fois. Et c’est cette ambiguïté qui fait que l’on peut s’en servir de mille façons, vers la beauté, vers la poésie et vers l’horreur, avec la langue de bois, avec toutes les déformations du langage, qui sont le propre d’une partie du discours politique et publicitaire, ce sont des rhétoriques très fortement apparentées.

Ce que nous essayions collectivement de faire, quand on préparait ce ‘‘Dictionnaire des noms propres’’ du monde entier, c’était de sortir de toute apparence de conviction pour transmettre une émotion et un contenu mental très complexe. Et là, Abdelwahab s’est manifesté parmi les rédacteurs que j’étais censé conduire, mais, en réalité, ils me conduisaient… Vous savez, c’est toujours le renversement des perspectives…

On dit que l’écrivain est maître des mots, on se demande souvent si ce ne sont pas les mots qui sont les maîtres des écrivains, parce qu’un écrivain peut être conduit par le langage qui est si riche et rempli de tellement d’intentions disparues, de continuités du passé, de messages culturels qui ne sont plus entièrement décodables, que le langage nous apporte quelque chose de plus que ce que nous disons. Il suffit de recourir à l’étymologie pour faire dire à une phrase, fut-elle la plus banale, autre chose que ce qu’elle dit et plus que ce qu’elle dit. Ceci justifie ma propre passion qui consiste à chercher des mots derrière les mots et à faire partager le savoir à des gens qui connaissent parfaitement ces mots, mais qui ignorent en partie ce qu’ils transmettent et ce qu’ils ont pu transmettre par le passé (…).

L’on trouve dans cet espèce d’éventail qu’est le dictionnaire, le vocabulaire d’une époque, c’est-à-dire la quasi-totalité des attitudes, des passions, des erreurs aussi et des savoirs d’une époque à un moment donné. Et cela, nous en avons souvent parlé, Abdelwahab et moi-même, il se trouve que là le vecteur était la langue française. Je dirais presque par hasard. S’il était tombé sur un dictionnaire qui se faisait à Rome, en italien, avec son amour de l’Italie, je crois qu’il aurait fait la même chose. Donc là, la langue française, nous le voyons clairement, n’est jamais que la représentante tout à fait partielle, mais en même temps assez puissante (une parmi beaucoup d’autres), d’une réalité commune qui est à transmettre.

Quand j’ai proposé à Abdelwahab de prendre en charge la culture islamique générale, ne pensez pas qu’il a accepté avec enthousiasme, il a commencé par refuser. J’ai tout de suite vu qu’il ne refusait pas parce qu’il était inquiet du niveau de ses connaissances; il refusait parce qu’il se demandait s’il allait vraiment donner le fond de sa pensée pour un projet qui lui paraissait encore un peu douteux et coloré de ce nationalisme rétro qui se cache dans beaucoup de dictionnaires.

Vous savez, au XIXème siècle, la grande mode était d’appeler le dictionnaire et la grammaire, dictionnaire national et grammaire nationale. Ceci est un terrible péché parce que c’est tout sauf national. Une langue comme le français en particulier, ça sera encore plus vrai de l’anglais, c’est évidemment vrai de l’arabe et c’est vrai du chinois, est une langue qui peut transmettre de multiples cultures de manière spontanée. J’estime que quand un écrivain africain, un écrivain maghrébin ou un écrivain des Caraïbes, un écrivain chinois ou un écrivain afghan (nous avons des exemples de prix Goncourt récents), s’expriment par choix en langue française, ce n’est pas la langue française qui lui fait un cadeau, c’est lui qui fait un cadeau à la langue française en lui donnant un aspect de sa culture.

J’ai une immense admiration pour beaucoup d’écrivains maghrébins et africains, je pense toujours à Amadou Hampâté Bâ que j’ai tenu à rencontrer et qui a su faire passer dans un français admirable quelque chose qui n’était ni dans les gènes celtes, ni latins, ni germaniques, ni francs… Quelque chose qui n’était pas du tout dans les racines de la langue française.

Toute langue est par nature impure, c’est cette impureté qui fait sa qualité. La langue pure est une vision fictive et un danger parce que ça amène à la normalisation : la normalisation, c’est la mort. J’ai fait, récemment, un livre qui s’appelle ‘‘L’amour du français’’ dont le sous-titre est «Contre les puristes et autres censeurs de la langue». Des gens de l’Académie française, certains sont mes amis, comme Pierre Nora, n’étaient pas tout à fait contents de cela. Tout essai de normalisation d’une langue a vocation à ne pas transmettre autre chose qu’elle-même.

Là, je vais honorer le travail de traducteur en la personne de Abdelwahab Meddeb parce qu’on s’est demandé s’il était un passeur ou non ? Bon, «passeur» est un mot qui, aujourd’hui, a des malheurs et qu’on a du mal à évoquer, mais là c’est dans le sens de passeur d’idées, passeur de sentiments, au sens général du verbe «passer». Je dirais plus volontiers traducteur, mais traducteur au sens propre du latin «trans + ducere» qui veut dire «conduire à travers», «conduire ailleurs».

Je reprendrais une partie du très beau débat que nous avons eu tout à l’heure pour dire que si Abdelwahab se voulait ailleurs que quelque part, ce n’était pas pour être nulle part, c’était pour être autre part, autre part et ici en même temps. C’est ça, bien évidemment, qui fait cette dialectique que l’on peut reprendre philosophiquement, que l’on peut reprendre aussi d’une manière vulgaire et spontanée. Une dialectique que j’ai vue chez lui entre la méfiance à l’égard de ce qu’on lui demandait de faire et l’amour de cela. Sa décision positive (celle de collaborer au ‘‘Dictionnaire Robert’’) est passée par l’amour de la Tunisie, et par l’amour de la Tunisie l’amour pour la langue arabe, et par l’amour pour la langue arabe le désir de «faire passer» simplement et en langue française. Il en était, bien évidemment, plus que capable.

Les contenus majeurs d’œuvres dont certaines m’étaient assez familières… J’ai toujours été un très grand admirateur d’Ibn Khaldoun qui, je pense, est le père de la sociologie d’une manière absolue et le père de la sociolinguistique d’une certaine manière parce que ses remarques sur la langue arabe, sur la modification du langage des bédouins quand il y a eu urbanisation etc. sont un modèle de ce qui va pouvoir se passer plus tard, beaucoup plus tard. Il m’est arrivé de discuter sur la langue française avec Abdelwahab, ça l’intéressait, il aimait bien ça. Encore plus tard, il m’a invité à son émission, ‘‘Cultures d’Islam’’, après la sortie d’un de mes livres qui s’appelle ‘‘Dictionnaire amoureux des dictionnaires’’.

Dans ‘‘Dictionnaire amoureux des dictionnaires’’, probablement pour la première fois en langue française, une part très importante était consacrée aux dictionnaires arabes, pour une raison bien simple, c’est que le mot «dictionnaire» apparaît en français et dans les langues occidentales à la Renaissance, il en est de même pour «encyclopédie», alors que la chose avait été pratiquée par la civilisation arabo-islamique à partir du IIème siècle/IIIème siècle de l’Hégire. Je ne l’avais pas mal développé, ceci, et Abdelwahab, comme toujours, allait un cran plus loin de ce que l’on pouvait dire.

Abdelwahab m’a montré par un article, il n’était pas de lui mais d’un historien des sciences, que l’apparition du dictionnaire arabe était à peu près contemporaine du développement de l’algèbre, ça représentait la possibilité combinatoire de créer de la parole à partir de ce qui est virtuel. C’est le secret du passage du langage comme aptitude abstraite à la langue et au discours. En fait, c’est le résumé de tout le programme de la linguistique moderne. Tout ceci montre à quel point l’interrelation ente les deux cultures, l’occidentale et l’orientale… «Oriental» étant d’ailleurs un mot curieux puisque les références étaient souvent maghrébines et «Maghreb» veux dire «Occident». Tout ça est relatif. Il m’est arrivé, tout récemment, de participer à un débat passionnant à Naples, à l’Université «Orientale» justement, où il y a beaucoup de travaux sur la culture arabo-islamique, sur la nature même de ces mots «orient» et «occident», lesquels sont des pôles, des pôles incertains, des pôles relatifs, qui ont été manipulés dans tous les sens, mais il ne reste pas mois qu’orient veut dire «le soleil qui se lève» et occident «le soleil qui se couche» (du latin cadere, tomber). C’est peut-être prémonitoire de ce qui allait se passer dans la globalisation tragique de l’Histoire actuelle.

Le pessimisme et l’optimisme mélangés, la vérité et le mensonge, les horreurs de l’Histoire et en même temps la course vers la beauté, tout ceci était représenté par Abdelwahab Meddeb d’une manière irremplaçable. Je finirais par une touche d’émotion parce que je ne peux pas penser à ce passé qui, pour moi, est très récent, alors qu’il est ancien (quand on est vieux, le temps se contracte, surtout le passé)… Le désespoir dans l’absurdité de la vie et de la mort fait que des gens exécrables vivent des siècles et que des gens merveilleux meurent trop jeunes. Merci.

Amina Meddeb : Pour l’anecdote, je voudrais juste rappeler que lorsqu’Abdelwahab a collaboré au ‘‘Robert des noms propres’’, c’était précisément l’article «Algérie» qui avait causé des problèmes. Paul Robert était un pied noir et a décidé de le réécrire complètement…

Alain Rey: Je rajoute un mot pour blanchir un petit peu la mémoire de Paul Robert. Je me suis arrangé pour qu’ils se rencontrent et je peux vous dire que Paul Robert a fondu devant la personnalité d’Abdelwahab. Il disait «Mon petit Abdou» de lui. Du coup, tout a passé ou à peu près…

Amina Meddeb : Paul Robert a quand même réécrit l’article «Algérie» ?
Alain Rey : Il a changé trois phrases. Ou plutôt, Paul Robert a fait changer trois phrases. J’ai ensuite repris le texte pour le rendre… compatible.

Amina Meddeb : (…) Je vous présente rapidement un autre ami d’Abdelwahab : le grand poète Salah Stétié. Salah vient souvent en Tunisie, tout le monde le connait. Il avait une proximité avec Abdelwahab, une proximité intellectuelle, une proximité de parcours aussi. Salah Stétié est aussi bilingue. Il est né et a grandi au Liban. Il a fait une partie de ses études au Liban, ensuite, comme Abdelwahab, il a rejoint la Sorbonne. Il a commencé par écrire de la poésie et est devenu ami des grands poètes français comme André Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Michel Deguy (qui est là). Salah Stétié s’intéresse beaucoup à la peinture et a collaboré avec de grands peintres, je cite Pierre Alechinsky et Antoni Tàpies. Il est aussi, comme Abdelwahab, un grand connaisseur de la tradition littéraire arabe, de la poésie arabe. Il est aussi traducteur et a été traduit en arabe. Il a écrit plusieurs essais sur l’art. Il a écrit un livre sur Fez…

Salah-Stetie

Salah Stétié : Sur les trois médinas : Tunis, Alger et Fez.

Amina Meddeb : Tout ça pour vous dire à quel point Abdelwahab et Salah étaient amis. Je lui cède la parole.

Salah Stétié : Merci Amina. C’est, pour moi, un moment d’émotion, un moment très particulier que d’évoquer Abdelwahab à Tunis, chez lui, ville où il m’a promené quelquefois. Il connaissait cette ville sur le bout des doigts et sur le bout de la langue. Il m’emmenait dans des «zanqa», dans des petites rues, où il me montrait des choses que je n’avais jamais vues auparavant, moi qui ai très souvent circulé dans la médina de Tunis en regardant tout.

Le hasard veut que je pense à Abdelwahab tous les jours. Au Liban, j’ai une maison toute en longueur avec un mur, une surface de vitrage, sur le jardin. Et, Abdelawahab, chaque fois qu’il venait déjeuner chez moi, apportait avec lui son saumon cru. Il n’apportait pas avec lui sa bouteille de vin. Il savait que ma cave était pleine de bouteilles de vin, une cave de vieil ambassadeur, il y avait du vin que je ne buvais plus; j’étais trop vieux pour descendre dans la cave. Abdelwahab descendait dans la cave et remontait cinq ou six bouteilles, il les ouvrait et puis versait leur contenu dans le levier en me disant : «Ce vin est madérisé !» C’était un Mouton Rothschild de quarante ans. Il redescendait et trouvait le vin qu’il voulait, en passant devant mon jardin…

C’était comme ça tous les jours. Je crois que je pense à lui autant qu’Amina et Hind par la force des choses. Je pense à lui parce qu’il y a peu de morts qui laissent ce qu’on appelle un «vide». Et, Abdelwahab, dans la vie de beaucoup d’entre nous, a laissé un vide.

Je le dis comme témoin de l’islam, Abdelwahab a laissé un vide considérable au niveau de la Oumma entière, même si la Oumma ne le sait pas. Il était doté d’une immense culture arabe, française et occidentale, chinoise et japonaise aussi ; il avait une vision globale de la culture du XXème et du XXIème siècle. Abdelwahab avait véritablement une espèce d’ouverture qui faisait qu’on pouvait parler avec lui de choses qu’on croyait être parmi les rares à connaître… Mais qu’il connaissait !

Je me souviens d’un colloque à Berlin où on avait été invité à parler des villes arabes d’Orient et d’Occident. Il y avait Adonis, moi… Disons des «autorités en la matière». Je connaissais bien le Liban, je connaissais bien la Syrie, je connaissais bien le Proche-Orient, y ayant beaucoup circulé, et Abdelwahab est arrivé en retard. Nous avons pratiquement épuisé ce que nous avions à dire et on s’apprêtait à lever la séance. Abdelwahab a pris la parole, d’abord par politesse, il l’a gardée pendant une heure… Et tout ce qu’il a dit, nous ne l’avions pas dit ! C’est dire à quel point cet homme avait des réserves. Ces réserves, il les montrait d’une manière extraordinaire quand il recevait quelqu’un dans son émission ‘‘Cultures d’Islam’’, j’y étais quatre ou cinq fois. Vous parlez de ce que vous avez fait, du livre que vous venez présenter, d’une idée que vous venez explorer en public… Abdelwahab, dans son émission, prenait la parole et puis la gardait, ça pouvait durer jusqu’à la fin de l’émission ! C’était très étonnant, c’était d’une certaine façon des émissions pas toujours gratifiantes, parce qu’on se disait qu’on n’a pas eu le temps de tout dire, mais Abdelwahab avait tout dit! A vrai dire, ses émissions étaient aussi reposantes !

L’homme avait un nom prédestiné. J’y ai quelquefois pensé. Je crois à la vertu des noms. En français, Abdelwahab Mouaddab, c’est «Dieudonné l’initiateur» ou «le formateur», celui qui conduit vers la science, vers la sagesse. Abdelwahab «Dieudonné» et «Mouaddab» celui qui initie. Abdelwahab Meddeb, un nom admirable pour quelqu’un qui a fait de l’inspiration (il était poète) et de la transmission les deux axes de sa vie. Il l’a fait du début jusqu’à la fin.

Les débuts d’Abdelwahab ont été dans l’édition. Il a été un des premiers à s’intéresser avec Pierre Bernard, un éditeur qui avait ses bureaux à Montmartre, à la littérature arabe. Abdelwahab avait été son collaborateur immédiat et cet éditeur étrange, parce qu’à l’époque (nous sommes dans les années 1960) peu d’éditeurs s’intéressaient à la littérature arabe vivante. Eh ben, cet éditeur, Pierre Bernard dont je salue la mémoire, a décidé de traduire non seulement les classiques arabes, avec de grands traducteurs… Il a eu Berque comme traducteur pour les ‘‘Mouâallaqât’’ et d’autres noms admirables… Pierre Bernard est allé chercher un peu partout des auteurs de romans, au Liban, en Egypte… Il passait son temps à voyager dans le monde arabe, on ne savait pas que le monde arabe produisait des romans et Pierre Bernard le savait. Son bras droit, celui à qui il confiait les clefs de la boutique quand il n’était pas là, c’était Abdelwahab Meddeb, lequel devait avoir à l’époque, autant que je m’en souvienne, 27 ou 28 ans.

J’ai été un des premiers lecteurs des romans d’Abdelwahab Meddeb. Romans intéressants parce que les écrivains arabes, qu’ils écrivissent en arabe, en français ou dans d’autres langues, parlent toujours de ce qu’ils sont à l’origine, de leurs pays, de leurs expériences. Prenez de grands écrivains, prenez celui qui va peut-être obtenir le prix Goncourt, Hédi Kaddour : son premier roman parle de Tunis et de la présence française à Tunis. Prenez Ben Jelloun, il ne parle que de ce qui se passe au Maroc. Ceux qui écrivent en arabe, c’est la même chose. Je connais un écrivain arabe, un Norvégien d’origine irakienne, qui parle de Bagdad. Ses romans paraissent exotiques aux lecteurs norvégiens parce qu’il leur parle de Bagdad, ces gens des neiges rêvent autour de Bagdad. C’est un écrivain arabe qui ne peut pas s’arracher à sa terre.

Abdelwahab, dans ‘‘Talismano’’ et ‘‘Phantasia’’, quitte le monde arabe. Je l’ai comparé à Nerval; il y a chez lui une province du rêve qui vient pénétrer la réalité de son séjour parisien, mais aussi tunisien et marocain… Il s’en sortait très bien, Abdelwahab.
Il a curieusement une affiliation, une espèce de polarisation orientale. Ce Tunisien, ce Marocain, car, pour lui, la Tunisie et le Maroc sont deux pays complémentaires, c’est pourquoi il a arraché au Maroc la plus belle marocaine qu’il y eût au moment où ils se sont mariés… Et qui continue d’être aussi belle…

Cet homme rêvait de l’Orient. Ce n’est pas d’une manière innocente qu’il traduit et commente admirablement l’exil occidental. Pour Abdelwahab, l’Occident était une forme d’exil. Il a souvent été à Damas, parce que qu’il aimait le Moyen-Orient, à Beyrouth, parce que Beyrouth le traduisait. Il a été traduit par une des meilleures maisons d’édition du Liban, Dar al-Nahar. Il n’y a que les Libanais pour traduire en Orient du français à l’arabe. Il allait souvent au Liban et en Syrie, il s’arrêtait chez Ibn Arabi, dont la tombe est dans une montagne, là où il y a la résidence de l’ambassadeur de France qui m’y a reçu une ou deux fois. Ce dernier m’avait dit : «Voilà votre chambre, voilà votre lit.» C’était un lit immense parce qu’il avait été fait pour le Général de Gaulle, avant qu’il ne devienne le président de la république française, quand il était encore à la tête de la France libre. Donc, j’ai dormi dans le lit du Général de Gaulle, dans un lit héroïque ! Moi, j’allais plus loin parce que j’avais été formé par Massignon.

Massignon, c’était évidemment Al-Hallaj. Je ne m’arrêtais pas à Ibn Arabi, j’allais vers Al-Hallaj, lequel était enterré… Enfin, son cénotaphe était à Bagdad, au bord du Tigre. Et, malheureusement, Abdelwahab et moi, nous ne sommes jamais retrouvés devant la tombe d’Al-Hallaj, ni devant celle d’Ibn Arabi. Cela me désole parce que j’aurais voulu intensément communiquer avec lui.

J’ai curieusement aidé Abdelwahab à découvrir (il ne s’y intéressait pas vraiment) le problème des camps d’extermination nazis. J’avais été invité par des organisations juives, à la tête desquelles opérait un de mes éditeurs chez Albin Michel, Jean Mouttapa, à visiter le camp d’Auschwitz. Je ne sentais pas que je pouvais le faire encore. Il y avait le conflit israélo-arabe, j’étais ambassadeur du Liban, le Liban avait reçu des coups très sévères de la part d’Israël, vous me direz que ça n’a rien à voir, dans l’inconscient ça a beaucoup à voir. J’ai dit à Mouttapa : «Je ne peux pas y aller encore. J’irai. Tu connais mes amitiés juives, elles sont nombreuses, mais je ne peux pas le faire. Il y a un cadavre dans l’armoire et je ne veux pas le sortir, ce n’est pas mon travail de diplomate.» Je le faisais dans l’arène diplomatique. J’étais, à un moment donné, ambassadeur à l’Unesco, j’avais des débats avec la partie d’en face, c’est-à-dire avec le représentant d’Israël. Et j’ai dit à Abdelwahab : «Pourquoi n’irais-tu pas à ma place? Tu connais mes sentiments, tu connais ma position diplomatique. Pourquoi ne le ferais-tu pas, toi ?» Il a dit : «D’accord, j’y vais.» Il y a été et il a gagné à la fois une espèce de dimension qu’il n’avait pas encore connu de l’intérieur (il vivait dans un milieu purement lié à la littérature et à l’édition françaises dans ses rapports avec la culture arabe). Et là, il a été très impressionné ! Il a gagné un éditeur, ses grands livres dont celui avec Benjamin Stora, ‘‘Histoire des relations entre juifs et musulmans’’, sont parus chez Albin Michel. Il a gagné aussi une troisième dimension dont il parle admirablement bien dans ses livres : l’accueil de l’Autre, que cet accueil fut d’un côté ou de l’autre.

Abdelwahab Meddeb était directeur d’une revue. Le titre de cette revue est tout à fait à l’image d’Abdelwahab, qui dit à la fois la difficulté, la complexité, mais aussi la nécessité de traverser la vérité très difficultueuse de l’existence. Sa revue admirable, thématique, paraissait une fois par an : ‘‘Dédale’’. Cette revue me rappelle un peu un journal yéménite que j’ai eu entre les mains, ‘‘L’étoile du Yémen’’, dont le sous-titre disait : «Quotidien qui paraît quand les conditions le permettent». La revue d’Abdelwahab, ‘‘Dédale’’, formidable revue (si vous la trouvez, n’hésitez pas à vous la procurer), paraissait une fois par an. Le titre de cette revue, ‘‘Dédale’’, dit à la fois le héros de la traversée, celui qui va emprunter le labyrinthe le plus difficile, avec tous les dangers de se perdre, et qui réussit tout de même à passer de l’autre côté et à sortir du dédale…

J’ai beaucoup aimé Abdelwahab, je l’aime beaucoup, et tous les jours, en passant devant mon jardin, je pense à Abdelwahab.
Amina Meddeb : Merci beaucoup, Salah ! Je voulais juste dire que lors de la parution de son ouvrage publié par Michel Deguy, ‘‘Portrait du poète en soufi’’, tu lui as envoyé un message pour lui dire combien tu avais aimé ce texte. Il était ému aux larmes par les paroles que tu lui avais envoyées.

Salah Stétié : J’allais à la médiathèque de Montpellier pour y donner une conférence. J’avais reçu un exemplaire de ‘‘Poète du poète en soufi’’, un très beau recueil ! J’avais écrit à Abdelwahab un e-mail pour lui dire que ce livre était pour moi un «lingot de limpidité». Il ne répondait plus au téléphone. J’arrive à ma conférence, le téléphone sonne et j’ai Abdelwahab au bout du fil. Il me dit : «Salah, merci infiniment de ce que tu as dit de mon livre». Je lui dis : «C’est un très beau livre. Et, comment va ta santé, Abdelwahab ?» Et cet homme qui avait toujours la maîtrise de lui-même, je ne l’ai connu que maître de lui-même, éclate en sanglots et s’écrie : «Ça ne va pas, Salah, ça ne va pas !» Ça a été notre adieu, j’en pleure encore.

Parution : « Râbi’a de feu et de larmes », Albin Michel 2/11/15

rabia1rabia2Râbi’a de Feu et de Larmes

éditions Albin Michel – 2 novembre 2015

La première mystique de l’Islam.

Une femme, un amour intense, une distance prise avec ce qui n’est pas l’Absolu.

Conférence « Méditerranée tragique » BNF 15/10/15

IMG_6744Méditerranée tragique – BNF – jeudi 15 à 18h30

Poète et essayiste parmi les plus marquants de notre temps, d’origine franco-libanaise, Salah Stétié est reconnu et se revendique lui-même comme un penseur méditerranéen (cf. son livre Cultures et violence en Méditerranée, Imprimerie Nationale, 2008). Il a consacré au Mare nostrum une partie de sa réflexion, analysant les tenants et aboutissants de cette région du monde où sont nés – fût-ce parfois sous le couvert du Dieu unique – l’humanisme ainsi que la civilisation issue de celui-ci et ses cultures contrastées. Or, aujourd’hui, la Méditerranée déchirée vit une terrible, une dangereuse tragédie identitaire dont la conséquence est, ici et là, la détérioration de la volonté de dialogue. Pourquoi ? Comment ? Telles sont les questions engageant notre avenir que se pose l’écrivain et auxquelles son propos souhaite répondre.

Prix Saint-Simon 2015

L’Extravagance (mémoires) vient de recevoir le Prix Saint-Simon 2015

SAINT-SIMON ET LES PARADOXES DU TEMPS
DISCOURS DE SALAH STÉTIÉ

Le duc Louis de Saint-Simon est l’un des plus grands noms de la littérature française, c’est-à-dire de toute littérature, et c’est pour moi une vraie joie et un véritable honneur que de voir mon nom, par la médiation d’un prix prestigieux, associé à si essentielle référence. Par votre intermédiaire, Monsieur le Chancelier, très cher Gabriel de Broglie, je souhaite remercier, et vous en premier, tous ceux qui ont cru possible cet appareillage entre un écrivain libanais de langue française et l’un des astres incomparables de notre langue. Il est vrai que je partage avec mon illustre parrain le “s” redoublé de nos noms respectifs.
Rapidement, en ouverture de cette adresse amicale à vous tous, ici même, sur les terres du grand duc – ce duc théologique sur la théologie duquel je m’expliquerai tout à l’heure – et face à ce château peuplé d’ombres, je veux dire de fantômes, oui, rapidement, je souhaiterai formuler ce qui a motivé, au niveau du moi profond, mes propres Mémoires : L’Extravagance.
Qu’est-ce qu’une vie ? C’est du temps et des événements. On appelle harmonieuse une vie où les événements, pour disparates qu’ils soient ou qu’ils semblent être, finissent par se fondre les uns dans les autres pour constituer, coulée de métal à vocation unitaire, une continuité : la dissonance ploie sous le poids de la concordance ou du moins, celle-ci en arrive à dégager de l’enchevêtrement de ses lignes, comme un signe d’air, la fulgurance – dans des circonstances exceptionnelles – d’un grand destin. Ce destin peut être intérieur, replié sur une vision et tout bandé, même si tragique, sur un point fort. Destin mystérieusement bâti. Gandhi, De Gaulle, ou des peintres lumineux de toujours, qui font partie de notre patrimoine visuel, ou encore des musiciens, patrimoine acoustique, comme autant d’arbres dans l’orage…
Or peu, bien peu de vies sont harmonieuses. Bien peu de vies, accordées à des événements non exceptionnels, se transforment en destin. Au niveau de notre vie quotidienne, telle que nous la voyons s’exercer, la mainmise du désordre est partout. Et il est bien vrai que l’existence est une foire d’empoigne, mais qu’elle est aussi, si on l’examine bien et avec lucidité, une manière de champ de tir où chacun, chaque histoire, chaque élément, chaque civilisation même, à l’intérieur d’un même enchaînement de causes produisant des effets violemment divergents, où chacun, dis-je, au fil de ce long film qu’est le déroulement du temps historique, s’emploie à tirer et, du mieux qu’il peut, à tuer. À tuer l’autre et à se tuer soi-même en tant qu’autre. Cela a toujours eu lieu, hier, aujourd’hui, sans doute demain. C’est la tragédie humaine : « Une histoire pleine de bruit et de fureur », comme dit Shakespeare.
« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ! ». J’ai donc tenté de vivre entre mes divers paramètres, et je continue à le faire. C’est cette tentative, évidemment pleine de risques, que j’ai voulu donc raconter. Mon livre de mémoires répondait d’ailleurs à une sollicitation précise de l’un de mes plus chers éditeurs, Jean-Luc Barré, sollicitation à laquelle j’ai répondu avec une secrète complicité, sous la pression de tout ce qui agitait mon fleuve intérieur. J’ai voulu – soudain regardant dans mon rétroviseur le plus intime et non sans une sincérité souvent douloureuse – exposer le temps et les événements vécus par moi, les différentes phases de ma vie comme autant d’épisodes d’un livre incandescent, dans le tissu de mes phrases telles que sorties de mon inspiration, mais gauchies sans que je le veuille le moins du monde par cet œil immense que j’ai porté sur les hommes et les choses et sans me douter que c’était moi-même qui était porté par cet œil. J’ai aimé et j’aime la Terre, la petite planète bleue, celle qui continue de m’entourer de ses soins délicats et délirants, car ma conviction est faite, la vie, ce don superflu auquel je suis profondément attaché, est une extravagance. Chacun d’entre nous traverse cette extravagance avec plus ou moins de distraction, plus ou moins de vigilance. Je n’ai jamais été distrait – lucide, oui, je l’ai été, et le suis toujours, même au cœur de ma plus profonde rêverie : cette bascule de brume comme aurait pu écrire Montaigne, cette bascule de brume est ce qui me tient au seuil des mondes, le sein agrafé par leur fer. Où que j’aille dans mes labyrinthes, je suis chez moi.
J’ai eu cette chance exceptionnelle de vivre, d’avoir vécu deux civilisations, elles- mêmes matrices de plusieurs cultures. L’une méditerranéenne, et orientale, l’autre française et plus généralement occidentale. J’ai eu la chance aussi d’aller voir les “extravagants” chez eux. J’ai voyagé chez de nombreux peuples d’Asie, d’Orient, d’Occident. J’ai réussi, avec l’âge, à rassembler ma propre collection de “délirants”.
Aujourd’hui, j’habite depuis un quart de siècle dans une très vieille maison. Mes murs furent au XVIIe siècle ceux de la demeure épisodique de l’inventeur du roman de langue française, Honoré d’Urfé, auteur de L’Astrée, chaque fois qu’il répondait à l’invitation de sa grande amie, la Marquise de Rambouillet, titulaire par héritage du fief de son oncle, le Père Joseph du Tremblay, l’éminence grise de Richelieu. Tout cela nous ramène au temps de notre Duc qui, de toute façon, n’a pas habité trop loin de la maison où je vis et où je poursuis l’écriture de mon œuvre après avoir achevé mes Mémoires auxquels j’ai travaillé un peu plus de quatre ans.
Quatre-vingt-six ans désormais et mon livre ne me semble rien qu’un mémento. N’est pas Saint-Simon qui veut.
J’ai parlé de duc théologique. Qu’est-ce que la théologie ? En latin classique, repris au grec theologia, le mot dérive de theologos, la science qui traite de Dieu, et chez Abélard (1123, Theologia Christiana) le mot prend une valeur plus large, désignant l’étude des questions religieuses, connaissance de Dieu et de ses attributs, fondée sur les texte sacrés. Saint-Simon s’est établi dans le temps – comme le fera Proust après lui – mais, semble-t-il, avec pour objectif essentiel de ne le recueillir, réduit en menus fragments, que dans l’intention de le dépasser : si même le temps n’est jamais vraiment perdu pour lui puisqu’il vit à la cour, dans la proximité du Roi ou du Régent, à hauteur de circonstances suffisamment importantes pour légitimer à ses yeux le fait qu’elles méritent d’être retenues et racontées, ce qui compte pour lui en définitive, c’est l’autre temps, le temps retrouvé, dira Proust, terre où sont enracinées les principes éternels, réglés avec minutie par la Divinité elle-même dont le Souverain temporel et les personnages qui gravitent autour de lui ne sont que la projection plus ou moins symbolique, acteurs et figurants du “théâtre du monde”. Dans sa préface aux “Traités politiques et autres écrits” de Saint-Simon, parus dans La Pléiade, Yves Coviault retient en épigraphe à son propos cette vision elliptique de l’ordre de l’univers évoquée par le mémorialiste dans son Mémoire sur les formalités. Il y décrit « … cette chaîne, et pour ainsi parler cette arcade et cette voûte puissante dont toutes les pierres se soutiennent et se contretiennent toutes […] » Et le préfacier d’ajouter : « Interminablement autant que malaisément récusable sa recherche [celle de Saint-Simon] d’un ordre premier. Chimère ? Hormis quelques extralucides, qui l’eût cru ? […] Nul écrivain – sauf Proust ? – n’eut une telle obsession de la durée, dimension de l’accomplissement et de l’altération. Car le temps au temps fait violence, et pour Saint-Simon, reste indubitablement et peut-être irrémédiablement la dimension de la subversion et de la négativité. Mais, au-delà du désastre ou en-deçà d’une funeste entropie, le temps fut d’abord et peut-être demeurera à jamais fondateur d’essences, quasi éternelles, inviolables, cristallisations archétypales et stellaires scintillant au lointain de l’immense nuit carolingienne… » Et plus loin : « Quel fut, en effet, sous le couvert de l’interminable flux d’un témoignage, son plus constant et obscur dessein, sinon, dominant la confusion du hasard, d’abolir l’usurpation de l’imprévisible et d’entretenir son propre et irremplaçable reflet, son image imperturbable, son double le plus précieux dans les parages de l’intemporel ? “Immuable comme Dieu”, il rêvait d’une fin de l’Histoire… » Immuable comme Dieu, écrit Saint-Simon à son propre sujet. On ne peut être plus théologique que Dieu, pas même Saint-Simon. Saint-Simon qui décrit les hommes et les femmes de son temps dans l’agitation effrénée de leur cirque et les regarde avec le détachement souvent mélancolique et parfois haineux d’un dieu.
Au fond, le livre dont je parle, ces Mémoires, ce sont les Mille et Une Nuits de Versailles. C’est-à-dire une chronique dorée sur tranche avec des taches de bave ou même de poison sur bien des pages. Les Mille et Une Nuits, chef-d’œuvre absolu et méticuleux qui décrit le comportement si souvent déviant d’une société aux prises avec ses propres pièges, ses passes et ses impasses, aurait lointainement inspiré Proust. Ce livre demeurera inconnu, et pour cause, de notre chroniqueur-conteur du siècle d’or français, lui aussi sorte de Schéhérazade d’une outre-mort et qui dresse haut et fort ce théâtre de substitution qu’est la langue en libérant son torrent de vocables. Saint-Simon, aux marges de la psychanalyse à venir, se cherche ainsi obscurément un salut à la mesure de l’enjeu engagé. L’enjeu aura été pour lui, selon sa lettre au marquis de Fénelon du 22 janvier 1734, d’écrire ses Mémoires pour « s’amuser à voir de loin les mouvements d’un monde dont on est délivré ». C’est se tromper et, aussi bien, nous tromper. Il ne se sera pas séparé une seule seconde de sa formidable loupe et n’a jamais été délivré du monde.
Une chose cependant m’intrigue dans son cas. J’ai évoqué son temps théologique, temps soustrait à son assiduité à se préoccuper du temps humain et, spontanément, s’est présenté à mon esprit le temps, lui aussi arqué sur un paradoxe, de ces Mille et Une Nuits que je viens d’évoquer. J’ai baptisé quelque part cette durée particulière, voire singulière, le temps du temps. J’ai également surnommé cela, cette blessure originelle “l’intuition de l’abîme” : abîme de l’espace, abîme du temps, dont l’homme ne peut venir à bout que par une façon de vertige, qui les nie l’un et l’autre, espace et temps, mais qui nie du même coup l’interrogateur anxieux lui-même – à savoir le vertige de la mort. Ainsi l’homme ne peut répondre au défi incompréhensible que lui adresse l’univers que par un autre défi qui est la fin de l’univers, fin qu’il porte en lui et qui est, mystérieusement, sa propre fin. Au génie informe du monde, le suicide est une réponse informe.
Tout cela mériterait – de la part du poète que j’espère être – une explicitation plus directement liée à, justement, la poésie.
Le poète, dirai-je encore, est le fils du Temps.
Tout écrivain est, bien sûr, le fils du Temps, mais plus particulièrement le poète qui veille en compagnie de la parole en attente d’une éternité possible. Longtemps le poète s’est cru apte à quelque éternité justement au sein d’un second temps, celui du poème en qui l’éternité – credo oblige – était notre familière et frappait à nos portes. Sans doute les poètes ont aujourd’hui, dans la défiguration advenue du monde, et sous le brouillage de l’ensemble de leurs signes originels dans la montée d’on ne sait quelle détérioration universelle, appris par nécessité à réduire l’ambition qui fut longtemps la leur : ce n’est plus d’éternité que la poésie rêve, c’est seulement désormais, et selon les moyens qui lui sont propres, de préserver ce qui peut l’être encore et de sauver ce que, naïvement, les poètes continuent d’appeler les permanences. Les permanences, c’est, par l’arc qui va de notre naissance à notre mort, en cette courbe du temps qui nous est imposée et dont nous sommes la flèche lancée, flèche vive, ces réalités de qui l’enchantement simple réside en cela qu‘elles furent, qu’elles sont et qu’elles semblent devoir continuer d’être. Elles sont, ces permanences, le partage de tous et de chacun depuis toujours et – pensons-nous sans doute hasardeusement – pour toujours : la naissance à la vie que j’ai évoquée, la mère et son lait de tendresse infinie, le père et son règne, la jeune fille sous les arbres, l’amour et le cœur, le sein et le ventre, la haute jointure de jambes gravement désirées, le chaos et le délire du désir, la terre et l’herbe, le soleil, la lune et leur famille, la rivière et la mer, la lumière et la mort… Tout cela, oui, tout cela que nos mots les plus immédiats savent dire, nous pensons qu’il constitue – êtres, notions ou objets, familiarités quotidiennes – les petites éternités dont se tisse, jour après jour, notre propre éternité provisoire. Voilà, dans ses mots de rosée, la première expérience dont je dis qu’elle est admirablement vraie et admirablement naïve – et c’est dire, aussi bien, native. C’est cette expérience-là que le poète a du temps en son maniement le plus délicat. Plus tard, d’autres concepts du temps viendront à s’imposer à lui, d’autres urgences le solliciteront, qui feront du temps cette grande machine à broyer indifféremment les hommes, leurs émotions, leurs actions, leurs événements et leurs choses pour produire telle farine insaisissable et confuse, à peine dressée en tas que présentée au vent et par lui dispersée, farine qu’on appelle communément l’Histoire.

​… et tous les sorts jetés
Éperdument divers, roulant l’oubli vorace

dit La Jeune Parque de Paul Valéry.

Mais ce n’est pas de La Jeune Parque que je veux parler. Ce dont je veux parler avec le plus de précision possible, c’est de ce temps hors du temps que la belle diseuse valéryenne induit dans l’arabesque de son propos sans que jamais lui en soit livrée la véritable nature, qui est d’essence spirituelle. C’est temps de la montée de la conscience en concordance avec le lever du jour que vit et dont fait état la jeune femme, le temps venu du temps et retourné à lui, temps dont toutes les horloges de ce monde sont comptables, temps psychique et psychologique, certes, et qui n’ouvre finalement que sur sa propre fin laquelle est forme ultime de notre chute, temps chu de lui-même en lui-même et qui, se pétrifiant, nous pétrifie. « La chute dans le temps », dit elliptiquement Cioran.

Le temps dont je parle, et dont je crois qu’il est le mien, m’exile doublement. C’est d’abord, sans doute, le temps du poème, un temps marqué quelque part par l’innocence des commencements : l’origine en qui se perpétuent les permanences. Ce temps innocent n’est pas un temps immaculé : il n’ignore rien de la difficulté d’être, du péché d’être durement éprouvé et sévèrement désigné par Baudelaire. L’extase de la vie, l’horreur de la vie, quel poète ou quel apprenti-poète en récuserait la double forte postulation vécue par chacun de nous jusqu’aux larmes ?

Bonheur du jour / malheur du jour ! se déroule à
​faible embrasure
La foudre éthérée du matin

énonce Pierre Jean Jouve dans son recueil Ode. Cette postulation de sens inverse est, quoique simultanée, inévitablement porteuse de réversibilité. Elle est, il va de soi, de nature mystique et l’Occident chrétien, par la voix de Maître Eckhart et de quelques autres, l’exprime fortement. Elle est à mes yeux, ce qui constitue plus significativement qu’en toute autre aire culturelle la substance même du temps en Islam –, sa substance et sa profondeur d’énigme. Il m’est arrivé de traiter de ce problème, il y a quelques années, avec l’ami Jean d’Ormesson dans une conférence à deux voix qui eut lieu au Cercle de l’Union Interalliée où chacun de nous s’est employé, Jean pour le temps occidental, moi pour le temps sémitique en général, islamique en particulier, à en dresser les caractéristiques. Saint-Simon a été évoqué à cette occasion et nous sommes tombés d’accord sur l’ambiguïté remarquable qui règle sa démarche sur les deux plans simultanés où elle s’exerce.
Le temps signe notre spiritualité, mais il signe aussi chacune de nos cultures. Je voudrais ici rappeler que le personnage le plus original peut-être que l’imaginaire islamique a créé est celui du fakir ou malamâti, homme de Dieu qui, n’appartenant, car refusant d’appartenir, à aucune des catégories sociales répertoriées, n’a pas de livrée qui lui soit propre, se vêtant d’une sorte de froc fait de cent pièces rapportées prises au costume – je serai tenté de dire au déguisement – de plusieurs. Sa personnalité sous ses haillons diversement colorés, il ne va la tenir, lui, que de l’imperception divine. Il est tous et chacun, et réellement personne. Figure ambivalente, il sera l’ancêtre du personnage-protée de la comedia dell’arte à qui il prêtera, mais sans sa texture métaphysique, sa jubba rapiécée devenue le fameux manteau d’Arlequin. C’était du temps où l’Islam, cette grande religion du Livre, savait encore y faire.
Je finirai cette mini-conférence – ayant beaucoup donné de ma réflexion au génie de la prose – par la lecture d’un de mes poèmes, puisque la poésie s’est invitée dans mon propos. Poème d’ailleurs autobiographique comme il se doit et comme certains parmi vous l’attendent de moi. Auparavant et au sujet de Saint-Simon, une ultime interrogation me vient. Voici un homme, voici un seigneur et duc, voici un immense écrivain qui a côtoyé toutes les illustrations de son époque. Pour leur extirper le secret de leur inscription dans l’être. Il a peu aimé la plupart de ses personnages par lui soumis à la question. Peut-on, l’aimant peu, obtenir la vérité la plus secrète d’une personne ou d’un personnage ? Mon intuition me dit que non. Elle me dit que c’est l’amour la clé. Et pourtant… J’en suis à me demander si cet homme de vérité et de mensonge, l’une dans l’autre, n’était pas profondément fasciné par ces pantins qu’il croyait manipuler. C’est possible, c’est même probable. Fondateur, avec Montaigne son devancier, d’un aspect essentiel de la culture française, européenne, universelle, il sait d’intuition que le chemin de soi passe inévitablement par l’autre. Personne peut-être n’aura autant que lui, et d’une manière évidemment inconsciente, le sens de l’autre. Quand il accueille avec bienveillance quelqu’un dans son intimité soudain ouverte, ce qu’il en dit, dans ce style à jamais inimitable qui est le sien, est délectable, judicieux, délicieux.
Saint-Simon bien avant même que je ne l’eusse lu jouissait chez moi d’un préjugé on ne peut plus favorable. C’était – Saint-Simon – le nom d’une plage de sable fin aux environs du Beyrouth de mon enfance. J’ai passé là, sous un parrainage souverain, des heures inoubliables de soleil et de mer, comme celles que je vis maintenant dans les magnifiques verdures de ce parc, situé dans mon autre pays.
Voici donc le poème promis :

​BOIS DES CERFS

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Puis cela est retombé comme une robe
Arrachée à ce qui fut, rendue à la splendeur matérielle.
Le corps qui fut rêvé avant d’être pensé
Avant d’être saisi, avant d’être.
Un temps il fut lumière, un temps il fut.
Je poursuis ma promenade, ma vaine promenade sous les arbres
La gorge nouée et terriblement couverte

Puis quelque chose, un non-jardin arrive, on sort
Dans la cohue des jours, leurs lambeaux de couleur
Aux grilles dorées de la nuit, nuit extrême.
On a laissé son chapeau sur la commode, on est seul
dans la pauvreté du monde
Puis une grande neige incertaine est tombée à son tour
Broutant, brûlant les racines de l’herbe
Et voilant au cœur de la maison les carreaux d’un soleil lacéré

Or cela, tout cela est cœur :
Je ne dirai rien à ton corps, mon amour,
Maintenant que le temps a passé, que les batailles
de l’azur sont finies
Et seulement il y a, dans le ciel maintenu, quelques
nuages encore indemnes,
Indemnes, mon amour, autant qu’inutiles
Et traînant encore pour leur compte et rêvant
parmi les araignées

Cela n’est pas de la poésie, mon amour, cela est.
J’ai ôté une fois pour toutes les hannetons de ma chemise
Je regarde la mer comme un homme qui lui tourne le dos
Tandis qu’il est rejoint par la mer et son sel,
par la brume ensoleillée de la mer
Et par ceux-là que Victor Hugo appelle
« Les moutons sinistres de la mer » et leur laine

Je traîne avec moi, dans ma pensée, un bestiaire, toute une foule
Animaux de théière et enfances, violons, fleurs et branchages
Et je ne cherche pas à savoir où j’en suis
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dehors
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dedans

Entre l’un et l’autre enfin je suis assis
Sur une chaise assise elle aussi
Assise dans un univers en expansion et qui ne sait pas où il va
Mes pieds, beaux pieds, illuminés par le soleil,
Et ma tête, vieille tête aux mille griffures,
Tête de chat labouré, tête de chien
Gardée par l’ombre de la vigne immatérielle
Comme un tonneau de vin mort dans un caveau d’oubli

Pourtant un mot ne m’a jamais quitté, le mot brûlure
Avec moi en Inde et en Chine, avec moi dans les deux Amériques,
En Orient, au Yémen, en Perse, à Moscou, en Sibérie
Dans les Scandinavies, en Allemagne, dans les Italies, les Espagnes,
En France aussi, à Paris, dans les bibliothèques et musées,
Dans des avions aussi, vers l’Afrique, ou dans des trains,
vers les alentissements du Nord,
Ce mot m’a persécuté, me persécute toujours
A travers mille livres, mille tableaux, des yeux fous

J’ai aimé et je suis triste, et la vie
N’est plus qu’un dernier verre avec de l’eau
A demi-bue et ce qui reste est pour le somnifère
Il ne faut pas l’avaler tout de suite, il faut savoir profiter
de l’ultime infini oiseau du jardin
Et du dernier rebond de la lumière avant la nuit
qui sera nuit d’automne

Rosiers, je vous ai tant aimés, chairs d’aurore et d’épines
Et voici que par la fenêtre ouverte vous me regardez
mourir en souriant
Mes chats vous sont dus, ô rosiers, eux aussi qui
vous ont tant aimés
Pour un éclair entre vous de couleur, un papillon ou
un bourdon enchaînés à votre parfum

Je ne sais plus où sont les tables. De la vie
J’ai mangé le pain et le fruit, j’ai bu le vin et l’eau
J’ai caressé la lune et j’ai brûlé au soleil ma main droite
Me rappelant avec cœur et un peu d’emphase le dit grec :
« Le port de la femme est une fente avec des rives poilues »
Port féminin, je t’ai traversé à mon tour
et j’ai jeté en toi l’ancre et j’ai dormi

Maintenant que j’ai lu bien des livres de poésie,
la plupart sans intérêt (les ai-je lus?),
Et que bien des corps jadis aimés, adorés, s’en sont
allés vers la pourriture
Je reste ici avec mes mains ouvertes
où ne viendra pas s’apaiser la colombe,
Colombe en qui je ne crois plus, crottée, crotteuse
Et je demeure ainsi, mains ouvertes,
attendant mes longs amis disparus

Ils sont partis, me laissant leur tas de mots, leur parapluie
Et le reflet de leurs lunettes, à moi qui ne vois presque plus,
Diabète, hernie, et cela dans le ventre qui nourrit
de mystérieux crapauds
Et rien ne monte vers le cœur sinon une libellule
Qui un jour se transformera en épingle

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Comme une locomotive entrant en gare
est la fin de la vie
Elle a traversé des pays, des villes, des bois
amoureusement mouillés
Et maintenant elle vient dormir près de moi
Endormi et sur le cheval de ma tête
S’est déployé le bois des cerfs
Bêtes effrayantes d’être si poursuivies

LC1

Entretien avec Pierre Ahnne 9/5/15

Entretien avec Salah Stétié
Par Pierre Ahnne le 9 Mai 2015 à 08:36

IMG_2098Salah Stétié est une figure importante de la poésie francophone contemporaine. Né en 1929 à Beyrouth, longtemps diplomate, il a publié de nombreux recueils de poèmes, de L’Eau froide gardée (Gallimard, 1973) à L’Être (Fata Morgana, 2014). Il est aussi l’auteur de multiples essais, traductions, livres d’artistes, et de Mémoires, parus chez Laffont en 2014 sous le titre L’Extravagance. Sa poésie est exigeante, parfois hermétique. Mais une sensualité solaire l’irrigue et la magie du rythme lui prête un caractère incantatoire. Que Salah Stétié ait bien voulu répondre à quelques questions sur ce blog me ravit et m’honore.

(photo Paul Facchetti)

Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Comme tout écrivain qui, un jour, se découvre avec émerveillement capable de mettre en mots ce qu’il ressent. Par hasard et par nécessité. Mon père était poète, il écrivait en arabe de longs poèmes rimés (monorimes) et rythmés : des qacida(s). Il lisait ses poèmes une fois achevés à ma mère qui était une femme sensible à la beauté des choses prises au piège des mots. Le petit bonhomme, moi en l’occurrence, écoutait, n’y comprenant rien. Intrigué, il imita son père. Il prit son porte-plume et le trempa, à sept-huit ans, dans l’encre violette. Ce fut là le début d’une longue, très longue aventure, d’une longue, très longue histoire d’amour.

Comment écrivez-vous ?

Sur la table basse, dans une grange aménagée en bibliothèque et propice au rêve et à la réflexion. Mais je suis capable d’écrire n’importe où, parfois sur mes genoux.

Écrire, est-ce pour vous un travail ?

D’abord un plaisir quand le feu de l’inspiration est là. En poésie, il est toujours là quand j’écris. Ensuite un travail : corriger, revoir, cerner au plus près, prose ou poème, ce qu’on veut vraiment exprimer. Puis de nouveau les choses s’éclaircissent, et le plaisir – comprimé, jugulé – revient. Il y a du sexuel dans le plaisir d’écrire.

Y a-t-il des auteurs dont vous vous sentez proche ?

Inévitablement. Je passe sur les plus grands : Shakespeare, Cervantès, Al-Mutannabbi, Djelâl-Eddine Roûmi, Ibn Arabi, dont, à la lecture, je cueille toujours quelque chose. Mais il y a aussi Maurice Scève, il y a Racine, il y a Nerval (ah, Nerval !), il y a Baudelaire, il y a Mallarmé, il y a Rimbaud, il y a Claudel, il y a André Breton, il y a Pierre Jean Jouve, il y a (parfois) René Char. Il y a Novalis, il y a Hopkins. Ils sont, tout compte fait, aussi grands que les plus grands. C’est là pour moi ma famille d’esprits. Il y a (ne pas l’oublier) Bâsho, la plus fine lame de la poésie japonaise.

En tant que poète, comment vivez-vous votre double appartenance culturelle, entre Orient et Occident ? Est-ce sur le mode de la contradiction ou au contraire sur celui de la complémentarité ?

Je la vis sans difficulté aucune. Je suis un esprit complexe mais uni. Je circule dans mes cultures comme un homme va, dans son jardin, d’un massif de fleurs à un autre, différents mais mystérieusement convergents.

Vous venez de publier un volume de mémoires dans lequel vous évoquez votre carrière politique et diplomatique. Diriez-vous que vos activités dans ce domaine ont contribué à nourrir votre poésie ?

Vous parlez de mon livre « L’Extravagance” récemment paru chez Robert Laffont, l’un de mes éditeurs. Un livre de mémoires puise dans tous les domaines, rêveurs ou concrets, où l’activité d’un homme s’est exercée. J’ai assumé ma part du diplomatique et du politique dans des conditions parfois très difficiles : la terrible guerre civile libanaise a laissé en moi et dans ma mémoire de vives et profondes séquelles. Mais j’ai aussi aimé, j’ai voyagé, j’ai rencontré et fréquenté des hommes remarquables, des écrivains de très haut vol qui furent mes amis (Cioran, par exemple), des poètes admirablement aigus (Schehadé, mais aussi Pablo Néruda qui fut mon collègue à l’Unesco), des dramaturges (Ionesco), des poètes-romanciers (Jouve). Tout cela m’a impressionné, m’a imbibé, m’a traversé pour se retrouver naturellement dans mes mémoires.

« Il n’est d’apparition que dans la disparition », écrivez-vous dans les “Carnets du méditant” (Albin Michel, 2003) : la poésie est-elle, pour vous, la manière de faire exister ce qui, par essence, se dérobe ?

Oui, les objets de la poésie sont fulgurants. Ils apparaissent dans un éclair et sitôt vus, transformés par l’éclair d’une façon quasi métaphysique, ils replongent dans le plus noir de la nuit. René Char : « Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel. » Éternité soudaine, éternité perdue.

À lire vos poèmes, on est frappé par l’importance du rythme mais aussi par la place qu’y occupent les images. Lequel de ces deux éléments est-il pour vous le plus important ?

Les deux jouent de leur efficacité dans le duo mental et sensible, derrière lequel se profile l’orchestre obscur et ensoleillé du monde.

Dans un monde pour le moins tourmenté, où la littérature semble l’objet d’un désintérêt croissant, quel peut être le rôle du poète ?

Le poète est, dans un monde où rien ne compte plus que l’économique, le mainteneur de l’essentiel : l’âme, l’esprit.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Sur deux projets de livres, demandés respectivement par deux de mes éditeurs, et qui font – au bout de ma longue vie – le point.

référence : http://pierreahnne.eklablog.fr/entretien-avec-salah-stetie-a117570970

Invité au Salon du Livre de Genève 1-3/5/15

Invité au Salon du Livre de Genève 

imageVendredi 01 mai
16:30 – 17:30 Mysticisme et spiritualité en littérature arabe Le pavillon des cultures arabes Le pavillon des cultures arabes
Bariza Khiari – Salah Stétié – Abdourahman Waberi – Faouzi Skali
+
19:00 – 21:00 Hommage : Abdelwahab Meddeb, libre penseur Le pavillon des cultures arabes Le pavillon des cultures arabes
Abdellatif Laâbi – Abderrazak Hamouda – Abdourahman Waberi – Ahmed Bouyerdene – Malek Chebel – Bariza Khiari – Colette Fellous – Faouzi Skali – Hani Abbas – Hind Meddeb – Kebir Mustapha Ammi – Mana Neyestani – Mazen Kerbaj – Samir Mokrani – Salah Stétié – Sylviane Dupuis – Younès Ajarraï
+
Samedi 02 mai
15:00 – 16:00 Minorités d’Orient Le pavillon des cultures arabes Le pavillon des cultures arabes
Younès Ajarraï – Myriam Jamous – Elias Khoury – Salah Stétié – Sébastien De Courtois
+
Dimanche 03 mai
Heure Titre de l’animation Société Stand Auteurs
15:30 – 16:30 Dialogue entre Salah Stétié et Giovanni Dotoli Le pavillon des cultures arabes Le pavillon des cultures arabes
Giovanni Dotoli – Salah Stétié

Hommage à l’Institut du Monde Arabe 23/04/15

Grande figure : Salah Stétié

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 Salah Stétié face à sa mémoire. Hommage.

image

Informations pratiques
jeudi 23 avril, à 18h30
Salle du Haut Conseil (niveau 9)
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Poète, essayiste, diplomate de carrière, Salah Stétié est un homme aux multiples facettes qui a marqué de manière saisissante la scène littéraire et politique au plan international. Né le 25 décembre 1928 à Beyrouth, il est l’auteur d’une œuvre considérable, écrite en français et traduite dans la plupart des langues d’Europe ainsi qu’en arabe. Récompensé par plusieurs grand prix internationaux (dont le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française et le Grand Prix des Biennales internationales de poésie de Liège), il a, tout au long de sa carrière, tissé des liens étroits avec bien des écrivains essentiels du XXème siècle, dont René Char, Yves Bonnefoy, André du Bouchet ou Michelimage Deguy, ainsi qu’avec des artistes comme Raoul Ubac, Antoni Tàpies ou Pierre Alechinsky avec lesquels il a collaboré pour de nombreux livres d’artiste. Parmi ses récents ouvrages, on peut citer : Dans le miroir des arbres (Fata Morgana, 2011), Les Trois Médinas avec des photographies d’Alexandre Orloff (Éditions de l’Imprimerie nationale, 2011), D’une langue et Sur le cœur d’Israfil (Fata Morgana, 2012), Rembrandt et les Amazones et Une rose pour Wadi Rum (Fario, 2013), L’Être et Le chat couleur (Fata Morgana, 2014).

En 2014, par la publication de ses mémoires L’Extravagance (Robert-Laffont) il revient sur l’ensemble de son parcours, imageévoquant, outre les responsabilités qu’il a dû assumer durant la sombre période de la guerre civile libanaise, ses importantes rencontres avec notamment le Général de Gaulle, le Président Jamal Abdel-Nasser et le Pape Jean-Paul II. Cette rencontre rendra hommage au poète, au penseur ainsi qu’au rôle diplomatique qu’il a joué à l’Unesco et ailleurs.

En présence de Salah Stétié ;
Avec : Jean-Luc Barré, écrivain, historien et éditeur ; Jean Daniel, écrivain et journaliste ; Michel Deguy, poète et essayiste ; Giovanni Dotoli, écrivain et professeur de langue et littérature française à l’Université de Bari ; Issa Makhlouf, écrivain, poète, directeur de l’information à Radio Orient ; Alain Rey, linguiste et lexicographe, rédacteur en chef des éditions Le Robert.
Une performance musicale du percussionniste Adel Shams El-Din et du luthiste Tarek Abdallah ponctuera la soirée.image

Textes dits par la comédienne Raphaëline Goupilleau

Participe au Festival de Fès de la Culture soufie 17-21/4/15

9ème édition du Festival de Fès de la Culture Soufie 

logofès

La Religion de l’Amour. De Rabiaa, Ibn Arabî, Rumi à aujourd’hui…

L’Amour a été vécu, chanté, décliné dans toutes les formes de vie et d’action par une chaîne ininterrompue de femmes et d’hommes à travers différentes cultures. L’Amour a été considéré comme la plus haute réalisation de la spiritualité et de la foi. L’Amour du prochain, l’Amour de l’autre, l’Amour du Tout- Autre, et qui nous est pourtant plus proche de nous que nous mêmes . De cet Amour que Rabiaa place au-delà du Paradis et de l’Enfer et dont Rumi atteste de l’embrasement et la dévastation ( « J’étais cru et ensuite cuit, disait-il, je suis maintenant consumé » ) Ibn Arabî attire notre attention sur le fait qu’il restera pour toujours un mystère. C’est pourtant aux pieds de ce guide invisible qu’il remettra les clés de son âme : « En quelques directions que se tournent ses montures l’Amour est ma religion et ma foi ! » De cet Amour que reste-t-il aujourd’hui? Il est , comme disent les Soufis , un océan et une soif intarissables. Il faut se détourner des caricatures imbéciles et mortifères des religions pour se plonger dans les textes , la poésie , les témoignages d’action et de vie, qui en irriguent le cœur et l’esprit. Et se plonger plus encore dans les expériences ineffables et intimes que les gens de l’Amour distillent autour d’eux , tous les jours, hier comme aujourd’hui. Pressé de s’expliquer sur sa déraison le Majnoun de Layla répondait à ses contempteurs qu’il n’y avait de saveur dans la vie que pour ceux dont cet Amour s’est saisi. Mais il reste une question essentielle . Comment cette énergie d’amour peut-elle fonder un vivre ensemble, une société ? Et au-delà encore, dans cette extrême diversité du monde, instiller plus d’empathie ou de fraternité ? C’est à une telle réflexion, à cette agape , que nous sommes cette fois-ci invités .

Par Faouzi Skali
Président du Festival

fès

Signature de « L’Extravagance » à Neuilly 11/4/15

Signature de L’Extravagance

Rendez-vous samedi à l’Espace 167
167 avenue Charles de Gaulle
92200 Neuilly-sur-Seine
sur l’initiative de l’Association Francophonia Liban
en partenariat avec le Cercle des Dames Franco-Libanaises
 

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Signature de « L’extravagance » à Sète 2/4/15

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