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Catherine Bolle

VIOLENTE ET DÉLICATE CATHERINE

 

 

C’est à Montparnasse que j’ai connu Catherine Bolle, ce Montparnasse inépuisable dès qu’il s’agit de peintres et de peinture. Nous n’avions même pas rendez-vous, c’était avec le brillant helléniste Jacques Lacarrière qu’elle avait affaire ce jour-là. Pour une raison que j’ignore, Jacques n’avait pu se déplacer. La Suissesse, avec son grand carton à dessins, semblait un peu perdue dans ce café où elle était assise, attendant. Elle nous adressa la parole, à Caroline et moi, ses voisins de table. Il y a des hasards heureux : Caroline étant la filleule de Jacques, Catherine, rayonnante, ouvrit son immense carton. Il y avait là de tout : des dessins, de splendides graphites, des encres sur du papier perforé d’ordinateur. Immédiatement, ce fut le coup de foudre. Catherine Bolle était, est un grand peintre, toute intuitive et toute expérimentale. Nous ferons plusieurs livres ensemble et j’écrirai sur elle et sur son vouloir-peindre, qui semble rien de moins qu’un vouloir-vivre, plusieurs textes admiratifs.

 

Valérie Sasportas « Salah Stétié, ambassadeur des peintres »

in Le Figaro, 17 avril 2014

Enchères Drouot – mercredi 21 mai – 14h – salle 7

Ancien diplomate, l’écrivain et poète libanais disperse à Drouot le 21 mai, sa collection de beaux livres et de tableaux signés Picasso, Max Ernst, Alechinsky, Zao Wou-Ki ou encore Xavier Valls

Lefigaro.frENCHÈRES

Salah Stétié, ambassadeur des peintres

Par Valérie Sasportas

Albert Féraud (1921-2008) Portrait de Salah Stétié, encre de chine, circa 1990. Crédits photo : Drouot/Drouot/ADAGP, Paris 2014

ENCHÈRES – Ancien diplomate, l’écrivain et poète libanais disperse à Drouot, le 21 mai, sa collection de beaux livres et de tableaux signés Picasso, Max Ernst, Alechinsky, Zao Wou-Ki ou encore Xavier Valls.

C’est un poète, né il y a quatre-vingt-quatre ans dans une famille bourgeoise musulmane, arabophone, d’un Liban sous mandat français, et qui reçut le grand prix de la francophonie de l’Académie française en 1995, longtemps après avoir fondé L’Orient littéraire et culturel, supplément du quotidien libanais francophone L’Orient. C’est un diplomate, ancien secrétaire général du ministère libanais des affaires étrangères et délégué permanent du Liban auprès de l’Unesco.

Salah Stétié aura marqué son temps et lié sa vie d’amitiés avec des grands peintres, Picasso, Max Ernst, César, Alechinsky, Vieira da Silva, Zao Wou-Ki ou encore Xavier Valls, le père du Premier ministre. Il a signé de nombreux livres de ces artistes, qui font partie de sa collection mise aux enchères par le commissaire priseur Jean-Claude Renard, le 21 mai prochain, à Drouot. Trois cents œuvres sans prix de réserve fixés par l’expert, Marc Ottavi. «Mon œil est gourmand de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs traits. Grâce à eux, j’ai d’autres mondes que le mien à ma disposition», affirme-t-il.

Avant de s’expliquer sur les raisons de cette vente: «Le Cardinal Mazarin, sur la fin de ses jours, s’était exclamé dans son cabinet de curiosités, «Dire qu’il va falloir quitter tout cela!» Je veux, moi, quitter librement mes amis». En exclusivité pour Le Figaro, Salah Stétié nous a reçus dans sa maison de La Verrière (78), autour d’un thé et de petits gâteaux libanais.

LE FIGARO – Vous souvenez-vous de votre premier choc artistique?

Salah STÉTIÉ – Oui, certes. Il s’est déroulé en deux temps. Dans ma maison d’enfance, il n’y avait pas vraiment de tableaux, mais mon père était amateur de calligraphies. Enfant, je ne comprenais rien à ces lignes tordues qui faisaient sur lui l’effet d’une chanson. Je garderai toute ma longue vie un grand respect pour la magnifique calligraphie arabe, turque ou persane et me suis lié d’amitié avec des agents majeurs de cet art, vivant en France: Saggar, Ghani Alani, Massoudy, avec qui j’ai fait des livres d’artiste. Le deuxième choc de la beauté, occidental, je l’ai reçu quand l’un de mes maîtres à l’École Supérieure des Lettres de Beyrouth, le critique de poésie Gabriel Bounoure, m’a mis sous les yeux une copie de la sublime gravure de Dürer, Melancholia. Du haut de mes 18 ans, j’en fus bouleversé, et aujourd’hui encore. J’évoque cet épisode formateur dans mes Mémoires, à paraître fin septembre chez Robert-Laffont.

Salah Stétié, 2013. Crédit: Salah Stétié

Salah Stétié, 2013. Crédit: Stéphane Barbéry

Il n’y avait pas de musée à l’époque au Liban…

Beyrouth n’avait que son très beau musée archéologique. Les peintres et sculpteurs libanais donnaient à voir leurs œuvres deux fois par an au Salon du printemps et au Salon d’automne. Mais point de galerie d’art. Le désert. Les choses ont bien changé depuis et Beyrouth, à partir des années 1970 notamment, est devenu la capitale des arts de tout le Proche-Orient. J’ai d’ailleurs joué un rôle personnel important dans cette renaissance dans la mesure où, directeur de l’hebdomadaire L’Orient littéraire et culturel j’ai, comme dit l’Encyclopédie des littératures (La Pléiade), «dirigé au Liban l’orientation du goût». Bah!

Quel a été le premier artiste à vous avoir ému à votre arrivée à Paris?

Mon premier ami parisien ne fut pas un peintre mais un sculpteur encore dans l’œuf et déjà iconoclaste: César, massier à l’École des Beaux-Arts, désargenté comme un astre en train de tourner au rouge, et avec qui, régulièrement, je battais le pavé de Saint-Germain des Près. César et moi nous parlions de tout, beaucoup d’art, et aussi de rien: avec nos petits moyens nous pouvions juste nous payer les mauvais cafés de l’immédiat après-guerre, des sandwiches au beurre-fromage et parfois un verre de vin pour la fille qui nous accompagnait si nous lui voulions du bien. C’est lui qui m’a introduit dans des ateliers (celui de Zadkine entre autres) et m’a appris une certaine forme d’intransigeance dans le jugement sur les œuvres.

Votre collection compte deux toiles de Xavier Valls, le père du Premier ministre…

Xavier Valls et moi nous sommes rencontrés chez Suzanne Tézenas, qui nous réunissait, avec quelques amis, Madeleine Renaud, Jean-Louis Barrault, Pierre Boulez, au Domaine musical, une société des concerts qui dura 1954 à 1973. J’aimais beaucoup la peinture de Xavier Valls, très balthusienne. Il fit d’abord un portrait de moi. Puis il m’offrit le dessin d’un couteau pour mon mariage, qui a duré 23 ans.

Xavier Valls (1923-2006), Couteau, Mine de plomb, 1978.
Xavier Valls (1923-2006), Couteau, Mine de plomb, 1978. Crédits photo :DROUOT/ADAGPParis 2014

Quel peintre auriez-vous aimé être?

Aucun. Je ne veux pas être peintre, parce que je ne me suis voué de tout mon être qu’à la poésie, centre et périphérie.

A quoi vous sert la poésie?

La philosophie, à quoi sert-elle? On le sait de reste: à être enseignée. La poésie? Elle ne sert à rien qu’à donner des nouvelles du cœur et de l’âme. La poésie, qui dans le monde entier a longtemps signé les siècles -celui de Ronsard, de Shakespeare, de Dante, de Victor Hugo-, témoigne de sa gloire au passé et peut-être prépare-t-elle l’avenir en tentant de sauver tout ce qui peut l’être de l’homme et de sa langue.

Quel est le mot de la langue française qui vous ressemble?

J’aime le mot «ambiguïté» depuis que Pascal nous a appris notamment que tout est ambigu et tragique.

Le marché de l’art est-il pour vous un outil diplomatique?

L’art, en tout cas, pose aujourd’hui des problèmes à la diplomatie. J’ai été le premier président du Comité intergouvernemental pour le retour des biens culturels, objets d’une appropriation illégale ou de trafics illicites, à leur pays d’origine, installé par l’Unesco vers le milieu des années 1970. J’y suis resté sept ans. J’ai eu à m’occuper du Code d’Hammurabi, des marbres du Parthénon exportés en Angleterre par Lord Elgin et qui constituent depuis l’une des merveilles du British Museum. Aujourd’hui, un bien culturel, par sa valeur symbolique autant que matérielle d’ailleurs, suscite de vastes polémiques et se trouve placé au centre de nombreuses transactions diplomatiques. Voyez les objets d’art et les tableaux volés par les nazis et qui ressurgissent chaque jour sous nos yeux. Voyez les patrimoines menacés par fait de guerre, en Syrie par exemple. Et encore les grands débats d’hier sur le pillage par les grandes puissances de milliers de chefs-d’œuvre nés en Afrique, et témoignant de l’identité de ce continent si terriblement démuni désormais de ses propres signes culturels. La diplomatie culturelle est désormais aussi présente dans les chancelleries et les ministères que la diplomatie politique ou économique.

Zao Wou-Ki, Ghalil Gibran, <i>Le Prophète</i>, éditions Marwan Hoss, 1992.
Zao Wou-Ki, Ghalil Gibran, Le Prophète, éditions Marwan Hoss, 1992. Crédits photo :Drouot/ADAGPParis 2014

L’artiste natif d’un pays en guerre est-il forcément un artiste engagé?

Il arrive à l’artiste de s’engager. Mais seuls les artistes inaboutis se servent de leur art comme d’un lieu d’engagement. L’art ne doit s’engager que dans et pour l’art qui est une des plus hautes expressions de l’humain, sinon la plus haute.

Au Louvre, le projet de département dédié aux arts des chrétientés d’Orient a été abandonné. Comment réagissez-vous?

C’est une erreur regrettable. Les Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient sont, dans tous les domaines de la créativité, des arts accomplis, héritiers de bien de civilisations antécédentes et ancêtres de bien de civilisations ultérieures. Cela est d’autant plus triste que les cultures, arts et rituels issus de Byzance sont encore vivants de façon quotidienne à travers les traditions des chrétientés d’Orient et, par contamination de proximité, avec les arts de l’Islam qui, comme chacun sait, ont partagé avec Byzance bien des positions philosophiques et théologiques autant que de techniques de réalisation. Les rituels byzantins et leurs projections sont également toujours actifs dans toute la Russie chrétienne et l’ensemble de l’Europe orthodoxe. De prime abord, cette élimination du neuvième projet me paraît une facilité et, à la limite, une absurdité. À mon sens, le British Museum, ne l’aurait pas fait.

La nation libanaise est-elle un impossible rêve? Les tensions communautaires en Syrie ont fait craindre le retour de la guerre civile.

Le Liban est très menacé, mais il l’est depuis si longtemps (la première guerre civile dura de 1975 à 1990, NDLR), que l’on peut espérer qu’il finira par s’en tirer avec l’aide de ses amis. Et il en a. Ce sera long, très long, mais pas impossible. Le roseau de la fable se maintient là où le chêne se brise. Disons: inchallah!

Une vingtaine de peintres ont réalisé votre portrait. Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous?

C’est un poète et il l’est resté jusqu’au bout.

Lire aussi Une dispersion créative

Une dispersion créative

UNE DISPERSION CRÉATIVE

 

J’aime beaucoup les peintres et les autres artistes, les sculpteurs, les dessinateurs, les graveurs. Mon œil est gourmand de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs traits. Grâce à eux, j’ai d’autres mondes que le mien à ma disposition. Je me promène dans leurs espaces bien mieux encore que je ne le fais sur les continents de cette terre. J’ai parlé à leur propos de monde : ces artistes sont des multiplicateurs de monde, ce monde-ci, le visible, et tous les autres, invisibles, à sa périphérie, qu’elle fût, cette périphérie, matérielle ou immatérielle.

portraitJai connu – et je connais – quelques-uns parmi les plus grands. Picasso et Max Ernst (nous nous promenions ensemble, Max et moi, dans ma voiture), Calder et César. Alechinsky, aujourd’hui, est l’un de mes frères en sensibilité poétique : il ne se passe pas de semaine que nous ne nous téléphonions longuement avec affection et humour et nous avons, entre autres aventures à deux, failli mourir ensemble (je raconte l’épisode dans mes mémoires à paraître à la fin de l’été prochain chez Robert Laffont) ; or, faillir mourir ensemble crée paradoxalement des liens de plus grande solidarité, si faire se peut. J’ai eu affaire à Raoul Ubac, une manière de saint de la chose peinte ou gravée. J’ai eu affaire à Valentine Hugo et à Vieira da Silva. J’ai eu affaire à Jan Voss, à Jean-Paul Agosti, à Joël Leick, à Claude Viallat, à Gilles du Bouchet, à Christiane Vielle, au cher Albert Woda, à Jean Cortot, à Catherine Bolle, à Gérard Titus-Carmel, à Bernard Dufour, à Alexandre Hollan, ce christ bienheureux des arbres. J’ai eu affaire à Antoni Tàpies, à Zao Wou-Ki, à d’autres, bien d’autres encore. Faut-il finir sur un etc. ? Ce serait certes un et caetera plein de regrets, car je ne peux citer tous mes admirables compagnons, tous mes précieux alliés transparents.

Avec certains d’entre eux, j’ai fait des livres magnifiques, moi leur donnant mes mots, eux m’offrant leurs visions. Près de cent cinquante livres d’artistes signés de moi et de chacun d’entre eux ont été exposés il y a un an au Musée Paul Valéry de Sète, accompagnés de tableaux et d’œuvres de ces mêmes peintres : une sélection de ces livres et de quelques-uns de mes manuscrits a été présentée par la suite à la Galerie des Donateurs de la Bibliothèque nationale de France, quai François Mauriac, et cela dans le cadre d’une exposition suivie d’un colloque.

drouotC’est donc là une collection de poète qui se donne à voir à Drouot, d’un poète traduit dans bien des langues, et dont quelques peintres considérables ont souhaité faire le portrait : Alechinsky, Woda, Bazaine, Xavier Valls, François Chapuis… De ces miroirs que m’ont tendus l’amitié et l’affection, je me félicite, aujourd’hui notamment où l’âge est là, le grand âge interpellé par Saint-John Perse. Des achats et des dons sont nés de cette amitié et de cette confiance réciproque entre ceux qu’aura liés tout ce qui peut lier les hommes de création et de rêve.

Pourquoi, à mon âge, je disperse ainsi aux enchères publiques ma dernière collection, l’ensemble de mes beaux livres ? Justement parce que l’âge est là et qu’il va bientôt nécessairement me séparer de tout cet héritage aimé et si merveilleusement sensible. Le Cardinal Mazarin sur la fin de ses jours se faisait conduire dans son “cabinet de curiosités”, son musée personnel patiemment accumulé, pour contempler tous ses trésors, et l’on entendit une fois l’homme de Dieu murmurer dans un souffle : « Dire qu’il va falloir quitter tout cela ! » Or je veux, moi, quitter librement mes amis, mes chers objets rêvés et créés, mes tableaux, dessins, gravures et sculptures avant que d’être contraint de le faire en qualité de de cujus. Je veux que d’autres, des « amis inconnus », comme dit Jules Supervielle, puissent à leur tour en profiter, tout en pensant à moi. C’est une grande collection que la mienne, mais non pas calculable en millions d’euros, car c’est la collection d’un poète qui aima (qui aime toujours passionnément) ce qu’il a rassemblé. Elle groupe, avec modestie et aussi intuition, de très grandes signatures que certains amateurs auraient crues hors de leur portée. J’inverse l’équation : j’aide des œuvres exceptionnelles à se mettre à la portée de tous. Tel est le miracle de la poésie : que ces images – ces “merveilleuses images” (Baudelaire) –, que ces sculptures, gravures, photographies et livres prestigieux aillent éclairer désormais d’autres foyers, fécondant d’autres cœurs.

Lire aussi Salah Stétié, ambassadeur des peintres

A participé à l’exposition « Paris Peinture » de juin à octobre 2008

Exposition réalisée par l’Institut Français d’Athènes réunissant peintres et écrivains

Fondation Theocharakis – Athènes

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à cette occasion Salah Stétié composa un poème exposé à côté d’un tableau de Pierre Alechinsky

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Lire l’article de Pierre Assouline 

http://carolinefourgeaudlaville.com/index.php?page=la-republique-des-livres-de-pierre-assouline

Lire la préface du catalogue

http://carolinefourgeaudlaville.com/index.php?page=paris-peinture

catalogue

 

Exposition Salah Stétié : livres d’artistes et peintures mars avril 2006

Une exposition présentée par l’Espace 1789 à Saint-Ouen, dans le cadre de la 7ème édition de Peinture et Poésie, du 23 mars au 23 avril 2006.

Exposition Salah Stétié et ses amis artistes à la Maison Elsa Triolet-Aragon

  • Salah Stétié et ses amis artistes, Maison Elsa Triolet-Aragon, Saint-Arnoult-en-Yvelines, 2003
  • SALAH STÉTIÉ
    Du 14 juin au 7 septembre 2003

    à la Maison
    Elsa Triolet – Aragon

    Moulin de Villeneuve
    78730 Saint-Arnoult-en-Yvelines

    Tel : 01 30 41 20 15
    Fax : 01 30 41 43 92 

    C’est une fête de famille.
    Quand un poète se retrouve entouré de ses peintres, de tous ceux, sculpteurs aussi et graveurs, qui ont travaillés avec lui, il ne peut que nager dans ce léger bonheur que lui donne le sentiment d’avoir été compris, d’avoir même été aimé. Sinon, pourquoi tous ceux-là, ces vingt ou trente merveilleux rêveurs pour leur compte, auraient-ils mobilisé leur propre rêve pour le mettre au service de ses images mentales à lui, de ses surgissements affectifs ou abstraits, de son délire singulier, de ses voiles et de ses dévoilements, de sa panoplie de mots, tous ces pièges ? Pourquoi leurs lignes, leurs couleurs, leurs signes mythologiques les plus personnels, leur foudre intime, ces instruments aussi qui sont les leurs, pinceaux et burins, crayon, fusain, toile et papier, oui, pourquoi toute cette batterie de cuisine alchimique vient-elle se placer sous l’autorité d’un autre imaginaire ? Le poète a-t-il réponse à fournir à toutes ces questions qui l’assiègent comme banderoles au vent à l’heure de la fête partagée ? Il se dit que s’il a été élu par tous ces peintres et s’il a été d’eux aimé, c’est que sans doute une communication s’est établie, une circulation s’est mise en place, vivante et décisive, peut-être une porosité seulement mais insistante, entre ce qu’il portait, lui, d’émotions et d’intuitions, dans sa langue, et ce que ses complices devenus ses amis nécessairement, portaient de leur côté dans ces langues magiques qui sont les leurs et, au-delà, dans cette langue commune à tous les hommes quand ils se prennent à rêver tout haut, mots et couleurs, et qui a nom : poésie. « Les rêveurs en dormant travaillent fraternellement à la recréation du monde », dit Héraclite.

    Nous croyons habiter une planète qui tourne autour d’une étoile de feu et nous tournons, croyons-nous, avec notre habitat, autour de ce feu dévorant et qui nous dévorera. En fait, nous habitons la maison de nos livres, dont certains sont dits par nous saints ou sacrés ; nous nous sentons protégés par leur murmure à nos oreilles et, à nos yeux, par cette brume zébrée d’éclairs qui monte des pages. C’est autour de nos mots que nous tournons. Déjà partis, un pied dans le vide, nous imprimons d’un coup de talon l’empreinte paradoxale de notre sur la peau du désert naissant.
    Salah Stétié

Quatre poètes chez Chagall

A l’occasion du Printemps des Poètes 2003, quatre grands poètes contemporains – dont Salah Stétié – ont été invités par le magazine Le Nouvel Observateur à se rendre au Grand-Palais, à Paris, où se tient du 14 mars au 23 juin 2003, l’exposition « Chagall connu et inconnu ».
De cette magnifique exposition consacrée au peintre Marc Chagall, une toile, Les Amoureux en gris, présentée dans la salle 4, a inspiré à Salah Stétié ce poème :

Les amoureux en gris

Elle a un cou qui a l’éclat de l’arbre
Sa nuit nuptiale est rouge
Moment de neige est l’irruption de l’arbre
Au sein du couple éveillé dans l’apparence
Mais endormi par des beautés d’images
Dans des chambres de grand sommeil sous le vent courbe
Fils de sa propre fleur est le cou d’arbre
Sur lui posé la Minerve des couleurs
Le sein est plein de lait pour des folies
Mais la femme a de fins naseaux pour respirer le champ de l’invisible
Invisible est le cheval du ciel visible
Elle le reçoit comme un peu d’air venu baiser le diamant de sa face
Il n’est pas Marc il est amour il est l’Amour
Collégien sans collège et qui a peur
Peur de quoi ? Peur de tout …
Peur de cette femme, étoile et Minerve et colombe, et qu’il aime,
Qu’il aime et qu’il adore,
Qui l’aime aussi passionnément, et de deux doigts bleuis le protège,
Et pour l’amour de lui, de son pouvoir de mage,
Qui jamais ne se déshabillera pour lui que dans les rêves

Exposition à la Médiathèque d’Issy-les-Moulineaux octobre 2001

2 octobre – 11 novembre 2001
Médiathèque d’Issy-les-Moulineaux

Issy2001

L’inauguration a eu lieu le samedi 13 octobre
en présence de monsieur Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux

Salah Stétié et ses amis artistes
livres, photographies, peintures

Agosti, Alani, Alechinsky, Badaire, Belkahia, Bonhomme, Bru, Brunet-Jailly, Chan Ky-Yut, Chapuis, Clauzel, Cortot, Depin, Fachetti, Faivre, Féraud, Ganzin, Gillet, Herold, Jolivet, Kijno, Lamore, Leick, Massoudy, Messagier, Pessin, Renoux, Saggar, Setaik, Texier, Thomas, Ubac, Vielle, Voss, Zao Wou-Ki

 

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