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Hommage à l’Institut du Monde Arabe 23/04/15

Grande figure : Salah Stétié

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 Salah Stétié face à sa mémoire. Hommage.

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Informations pratiques
jeudi 23 avril, à 18h30
Salle du Haut Conseil (niveau 9)
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Poète, essayiste, diplomate de carrière, Salah Stétié est un homme aux multiples facettes qui a marqué de manière saisissante la scène littéraire et politique au plan international. Né le 25 décembre 1928 à Beyrouth, il est l’auteur d’une œuvre considérable, écrite en français et traduite dans la plupart des langues d’Europe ainsi qu’en arabe. Récompensé par plusieurs grand prix internationaux (dont le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française et le Grand Prix des Biennales internationales de poésie de Liège), il a, tout au long de sa carrière, tissé des liens étroits avec bien des écrivains essentiels du XXème siècle, dont René Char, Yves Bonnefoy, André du Bouchet ou Michelimage Deguy, ainsi qu’avec des artistes comme Raoul Ubac, Antoni Tàpies ou Pierre Alechinsky avec lesquels il a collaboré pour de nombreux livres d’artiste. Parmi ses récents ouvrages, on peut citer : Dans le miroir des arbres (Fata Morgana, 2011), Les Trois Médinas avec des photographies d’Alexandre Orloff (Éditions de l’Imprimerie nationale, 2011), D’une langue et Sur le cœur d’Israfil (Fata Morgana, 2012), Rembrandt et les Amazones et Une rose pour Wadi Rum (Fario, 2013), L’Être et Le chat couleur (Fata Morgana, 2014).

En 2014, par la publication de ses mémoires L’Extravagance (Robert-Laffont) il revient sur l’ensemble de son parcours, imageévoquant, outre les responsabilités qu’il a dû assumer durant la sombre période de la guerre civile libanaise, ses importantes rencontres avec notamment le Général de Gaulle, le Président Jamal Abdel-Nasser et le Pape Jean-Paul II. Cette rencontre rendra hommage au poète, au penseur ainsi qu’au rôle diplomatique qu’il a joué à l’Unesco et ailleurs.

En présence de Salah Stétié ;
Avec : Jean-Luc Barré, écrivain, historien et éditeur ; Jean Daniel, écrivain et journaliste ; Michel Deguy, poète et essayiste ; Giovanni Dotoli, écrivain et professeur de langue et littérature française à l’Université de Bari ; Issa Makhlouf, écrivain, poète, directeur de l’information à Radio Orient ; Alain Rey, linguiste et lexicographe, rédacteur en chef des éditions Le Robert.
Une performance musicale du percussionniste Adel Shams El-Din et du luthiste Tarek Abdallah ponctuera la soirée.image

Textes dits par la comédienne Raphaëline Goupilleau

Lucie Cauwe « Les extravagants mémoires de Salah Stétié » 9/12/14

Les extravagants mémoires de Salah Stétié

par Lucie Cauwe

LC1Il a l’air d’un bon-papa gâteau avec ses yeux pétillants de malice et son sourire communicatif. Il est à la fois diplomate, écrivain et poète. Ou écrivain, poète et diplomate. Ou poète, diplomate et écrivain.
Qui est donc cet homme? C’est Salah Stétié, un Franco-Libanais né à Beyrouth fin 1928 dans une vieille famille de la ville. Il publie ses formidables mémoires sous un titre très intéressant, car ouvrant grand les fenêtres, « L’extravagance » (Robert Laffont, 644 pages).

La définition d’« extravagance » du dictionnaire Le Robert correspond assez mal à ce qu’on lit dans ce passionnant récit autobiographique, portant remarquablement son titre. Elle dit: « Etat d’une personne qui n’a pas le sens commun ». Ah, le pouvoir mutilant de la négation. « C’est moi qui ai trouvé le titre », m’explique Salah Stétié. « J’ai toujours pensé que toute la vie était extravagante. L’univers est un délire cosmique, avec des mystères sans cesse plus compliqués. Le mot « extravagance » s’est imposé à moi. Nous vivons sans le savoir en essayant de nous protéger par des croyances ou des cultures. Il y a un mystère infini du langage et de l’esprit. L’autre sens du mot « extravagance », je l’ai piqué à Madame de Sévigné, cette idée d’une forme de liberté de la plume qu’on laisse filer comme elle le veut, sans la corseter. »

LC2Ecrire en liberté, c’est bien ce qu’a fait l’ambassadeur-écrivain dans cet ouvrage prenant, que l’on soit amateur de politique, de littérature, ou que l’on ne le soit pas. Quel itinéraire! Qu’il soit remercié de nous le faire partager en nous racontant le monde qu’il a vu, le monde à la création duquel il a participé. Pour ses mémoires, Salah Stétié a confié sa vie à son œuvre, tout en sachant que la mémoire est une illusion. « Je voulais raconter l’histoire du monde à travers des choses personnelles et des choses du monde à travers la politique et la poésie, car j’ai deux cordes à mon arc. »  On parcourt avec appétit cet itinéraire entre deux rives, entre deux langues et entre deux civilisations.

« Ce livre de mémoires est né d’une pression de l’éditeur », ajoute Salah Stétié. « Mais pour écrire un livre de mémoires, il faut trois choses:
1. avoir beaucoup vécu
2. avoir vécu des circonstances parfois extraordinaires, en bien ou en mal
3. que quelqu’un vous dise qu’il a besoin de vos mémoires. » 
Conditions assurément remplies dans son cas.

Comment s’est-il attelé à cette tâche? « Je me suis installé à ma table de travail », me répond-il. « Et j’ai écrit, chapitre par chapitre, au fil de la mémoire, ce lac profond, cette mer dangereuse, car ce qu’on rapporte de la mémoire, ce sont des choses qu’on aurait voulu oublier et qui ressurgissent de manière terrifiante. Par exemple, l’incendie de la maison familiale quand j’avais un an. Est-ce un vrai souvenir ou pas? On me l’a tellement raconté que tout s’est imprimé quand j’étais en âge de comprendre. Il y a aussi des choses si redoutables que je n’ai pas voulu les raconter, mais elles se retrouvent sous forme allégorique dans mes livres de poésie. Il faut se protéger soi-même par une vie intérieure intense. Mon livre est une longue confession, ce qui est une forme de psychanalyse, avec le risque de se noyer dans sa propre mémoire. » 

On découvre une enfance heureuse, une jeunesse heureuse, berceaux d’une vie qui se déroule comme un conte, avec des allers-retours dans le temps et des choix thématiques clairs. « L’âge adulte m’a vu entrer dans la diplomatie, une diplomatie qui a été très vite de combat, en raison des causes dans lesquelles je me trouvais engagé. La cause palestinienne par exemple, car les Palestiniens étaient présents dans mon pays, le Liban. C’est la cause libano-palestinienne qui m’a poussé à être diplomate. Je l’ai défendue dans la mesure de mes possibilités avant de défendre ensuite la cause libanaise qui est celle de mon pays. J’ai toujours travaillé avec les armes de la diplomatie, des armes pacifiques. »

« L’extravagance » raconte avec force et enthousiasme l’ambassadeur en mission dans différents pays, l’homme qui fait des rencontres extraordinaires, l’écrivain, le poète, né dans une famille qui aime la poésie, le lecteur qui commença sa vie avec les livres par des bandes dessinées, le journaliste. Et bien sûr l’ami des artistes, créateurs de poésie, de théâtre, de peinture ou de musique contemporaine. Une vie de passions, d’amitiés partagées et d’amour, reçu et donné par cet homme qui se présente comme un fondateur, à l’âme d’entrepreneur. « Le livre est positif », assume Salah Stétié. « C’est mon caractère. L’essentiel est le besoin de créer. J’ai rempli ma vie de livres. J’ai toujours été très lié à la création contemporaine avec des poètes, avec la « Revue des Lettres nouvelles », avec des grands peintres dont Pierre Alechinsky. »

Deux autres livres de Salah Stétié viennent de sortir chez Fata Morgana, LC3« L’être », un recueil de poèmes, et LC4« Le chat couleur », un recueil de nouvelles.
« Je suis un auteur qui reçoit beaucoup de lettres de lecteurs », conclut l’écrivain.
« Cela forme une grande armée pacifique d’amateurs de poésie, de guetteurs de sens. Je suis à cheval sur deux mondes, celui de ma profession de diplomate qui n’est pas une science mais un art, et sur la création.
Tant que j’aurai la force de respirer, j’aurai la force de créer. »

Delphine Darmency « L’Extravagance d’une riche mémoire »

Salah Stétié, l’extravagance d’une riche mémoire 28/11/14

par Delphine Darmency in L’Hebdo Magazine, 28/11/14

Du haut de ses 86 ans, l’homme de lettres, séducteur de la première heure, n’a perdu ni son charme ni sa verve. Au Salon du livre francophone de Beyrouth, il est venu présenter son dernier ouvrage, ses mémoires, baptisées Extravagance. L’histoire d’un poète, diplomate, amoureux des mots et de la peinture qui livre la traversée d’une vie et d’un siècle.

mag«La mémoire est une illusion. Plus que ne l’est la vie? Peut-être bien», écrit Salah Stétié. Assis devant le stand de la librairie Antoine au Salon du livre francophone, le poète se prête à un entretien improvisé pendant la signature de ses mémoires. Des mémoires dont il n’est pas l’initiateur. «C’est Jean-Luc Barré, éditeur chez Robert Laffont, qui m’a proposé de les écrire. Il aimait, paraît-il, ma façon de saisir le sens caché des événements et trouvait que je traitais avec beaucoup de subtilité le portrait des hommes», explique le poète. Il s’agissait de m’engager pour une sorte d’esclavage d’écrivain. On a peur de ce que l’on va trouver au fond de soi, poursuit-il. Les souvenirs sont remontés à la surface un peu comme si avec une énorme fourchette, j’avais gratté le fond de ma mer intérieure. Ce que je ramenais était souvent lié à des choses négatives dans mon expérience du monde. Et pour tout vous dire, cela n’a pas été une partie de plaisir, mais je me suis accroché». L’exercice lui aura pris quatre ans, quatre ans pour retracer ses vies multiples, à la fois journaliste, créateur, diplomate et écrivain, comme il se définit lui-même. «Il s’agit d’un livre d’histoire, d’une reconstruction plus ou moins logique, plus ou moins abstraite, souvent illogique d’un moment vécu qui est important car complexe, décrit Salah Stétié. L’écrivain des profondeurs n’est pas un logicien, mais un psychanalyste, reprend-il. Je devenais historien de ma mémoire, dans une sorte de dialogue avec moi-même». Un retour sur toute une vie sans forcément la comprendre pour autant. «La vie est incompréhensible à 99%, souligne-t-il au cours d’une rencontre avec des étudiants organisée dans le cadre du salon. Le vent passe et il emporte le 1% de sens. L’incompréhension c’est aussi l’extravagance. Et ce n’est pas là de la philosophie, c’est de la poésie», affirme-t-il l’index levé.

Bercé par les mots
Ses mémoires débutent, comme elles se doivent, par un retour à l’enfance aux côtés d’un père qui écrivait de la poésie classique arabe. «J’ai passé mes premières années, bercé par des cadences verbales incompréhensibles, mais étrangement séduisantes pour le petit garçon que j’étais et qui s’était mis en tête, en alignant des mots sans suite, souvent inventés, de faire son poème à lui. Voilà comment prennent naissance les vocations», écrit-il. Alors que son père, Mahmoud Stétié, avait appris le turc et l’arabe pour faire carrière en tant que fonctionnaire de l’Empire ottoman, il voit ses projets anéantis lors de l’instauration du mandat français et va pousser son fils à maîtriser la langue du nouvel occupant, celle de Molière. C’est ainsi qu’en lisant Alexandre Dumas, Stendhal, Balzac, Nerval ou encore Théophile Gautier et tant d’autres, le jeune Salah va s’amouracher de la littérature française pour ne jamais la tromper. «Ah, chers, très chers amis de mon enfance, je vous dois tout, le rêve et le réel, les émotions et les indignations, les larmes et les joies, les ravissements et les anxiétés, la fascination des paysages et les questionnements devant la mort. La poésie quoi: l’amour des mots, le sentiment de leur pouvoir», écrit-il encore. Le lecteur vagabonde de souvenirs en anecdotes, de l’entrée des forces victorieuses au Liban en 1942 et la découverte du chewing-gum, aux étés de l’écrivain passés à Barouk jusqu’à son obsession d’enfant de découvrir le sexe féminin. «Cette enfance a été un rêve, mais le Liban ne pouvait suffire à alimenter mon ambition d’aller plus loin dans l’aventure humaine du XXe siècle, précise-t-il. De mes voyages, j’ai eu la possibilité de créer des liens avec tous les grands artistes, les grands peintres du siècle passé et de collaborer avec eux».
L’homme de lettres fut également conseiller culturel, ambassadeur du Liban ou encore secrétaire général du ministère des Affaires étrangères pendant les dernières années de la guerre, de quoi alimenter des mémoires denses et riches. «Ce livre se lit comme une traversée de la vie, lance-t-il. Méditez-le, discutez-le. Je l’ai écrit pour moi, pour diminuer ce fardeau que j’ai sur le cœur, mais je l’ai écrit également pour vous le faire partager et pour qu’il ôte un peu de votre propre fardeau. Ce livre restera comme un témoignage fait après la guerre du Liban», ajoute-t-il. «Mais reste-t-il quelque chose du Liban?», demande une femme venue faire signer son exemplaire. «Oui, il faut être patient, lui murmure-t-il à l’oreille. C’est un processus long; le Liban en vaut la peine».

Delphine Darmency

Entretien avec Zahi Wahbi

Al Mayadeen TV

Emission diffusée le mardi 25 novembre à 20h30, le 26 à 1h30 et 13h30, le 27 à 8h30, à l’occasion de la parution de L’Extravagance aux Editions Robert Laffont

Edgard Davidian « Les mémoires de Salah Stétié : une leçon d’Histoire »

Un livre intense, fourmillant de détails. Sous un titre imprévisible, «L’extravagance», Salah Stétié publie ses Mémoires aux éditions Robert Laffont (640 pages). Un pavé qui se dévore tel un roman palpitant pour tracer une vie, mais aussi l’histoire houleuse du Moyen-Orient.

Edgar DAVIDIAN | OLJ18/11/2014

 «Un écrivain confie sa vie à son œuvre.» Ainsi s’exprime l’auteur des Porteurs de feu dès la première phrase de sa longue et monumentale narration. Dans un style d’une très haute tenue, Salah Stétié, qui possède à son actif plus de 90 opus entre essais, poésies, traductions et romans, ne pouvait mieux dire. Tout son monde, intérieur et extérieur, est minutieusement passé au tamis de l’analyse et livré (confié pour reprendre ses propres termes) aux pages des livres. Et cela depuis des lustres, ou plus exactement depuis 1972.

Pour en revenir aux sources nourricières et inspiratrices, voici ici une remontée aux origines, c’est-à-dire à la prime enfance, aux alentours de 1928, où l’auteur de L’eau froide gardée voit le jour. Sa voix, sa plume d’écrivain, de poète, de spectateur et d’homme d’action privilégié le guident dans cette ample introspection, cette immersion au cœur de son identité, cette quête pour tenter d’expliquer – du moins partiellement – l’inextricable écheveau des rapports des hommes.

 Introspection de soi et de l’univers qui l’environne, de Beyrouth à Paris, pour un étourdissant périple semé de surprises et de rencontres. Surprises et rencontres certes toujours enrichissantes, toujours pétries de leçons à tirer, mais aussi où le cœur a des déconvenues, où les espoirs tombent comme des murs et où les déceptions sont insondables devant les absurdités des guerres, des tragédies innommables et des luttes fratricides.

C’est avec une gourmande curiosité et à travers multiples casquettes qu’avance ce récit haut comme des vagues démontées, avec pourtant la cadence maîtrisée d’une musique profonde, insidieuse, incantatoire. C’est en écrivain, poète, amateur d’art, traducteur et diplomate que la plume de Salah Stétié scanne, avec un regard sans ménagement ni complaisance, ce retour en arrière de deux mondes, deux rives, deux cultures, deux civilisations. Et qu’il aime aussi passionnément l’un que l’autre.

 L’extravagance? Elle est où l’extravagance pour cette œuvre (qui devait s’appeler initialement, d’après les aveux de l’auteur, Errant sous l’impensable, une citation de Holderlin) au souffle titanesque? Partout dans ce décor de théâtre improbable qui s’étend des terres de l’Orient jusqu’à celles de l’Occident. Dans ce monde baroque et fou, avec ses personnages marquants, anonymes ou insignifiants, ses brasiers jamais éteints, ses créations littéraires diverses, aux sensibilités si proches tout en étant parfois si antinomiques, la littérature reste un fanion qui flotte au vent.

 Un demi-siècle d’histoire littéraire est traversé tel le vol d’un épervier qui hante des espaces où l’ombre et la lumière se disputent en toute insolente férocité chaque carré. Une prose somptueuse pour ces Mémoires d’une vertigineuse érudition. Avec une galerie de portraits attachants, et l’on s’arrête sur les noms de

Georges Schéhadé, Adonis, Pierre Jean-Jouve, Édouard Glissant, Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, René Char, sans oublier la part léonine réservée à Charles de Gaulle. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Avec aussi une kyrielle d’autres actants de la comédie humaine, hommes et femmes de l’ombre, mais qui ont tous leurs mots à dire, leur action à apporter à la fraternité humaine, leur témoignage à jeter sur le parchemin des parcours des vivants. Pour un commun questionnement à tous les mortels.

 À travers les pages touffues de L’extravagance, qui tient constamment le lecteur en éveil, malgré une profusion de détails, c’est cette soif de connaître et du bien agir que tente de communiquer Salah Stétié, lui l’humaniste, l’infatigable voyageur. Des frontières et des livres.

Prix Saint-Simon 2015 L’Extravagance, Mémoires

« L’extravagance », Mémoires, vient de paraître aux éditions Robert Laffont Prix Saint-Simon 2015

Poète, essayiste, diplomate, S. Stétié est l’une des figures marquantes de la littérature francophone libanaise. Il dévoile ici l’histoire de sa destinée et le spectacle du monde, revenant sur plus d’un demi-siècle d’histoire littéraire, aux personnages essentiels qu’il a côtoyés dans les domaines artistiques et politiques.

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« l’extravagance » est désormais dans toutes les bonnes librairies !
Le mot de l’éditeur : « Poète de premier ordre, esthète, homme d’action et diplomate –  » ambassadeur d’un incendie « , résume-t-il en pensant à sa terre du Liban, qu’il a représentée en France, en Hollande et au Maroc -, Salah Stétié est issu de deux civilisations elles-mêmes matrices de plusieurs cultures. L’une méditerranéenne et orientale ; l’autre française et essentiellement occidentale. Très jeune, Libanais par son milieu familial, il s’est senti Français par la pratique d’une langue apprise dans les meilleures universités de Beyrouth et de Paris. Dès ce moment-là, il s’est lié, sur chacune de ces rives, aux plus grands poètes des années 1950 et 1960 : d’un côté, Georges Schehadé et Adonis ; de l’autre, Édouard Glissant, Pierre-Jean Jouve, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, René Char entre autres. Ses Mémoires livrent, sur plus de 800 pages, un témoignage puissant et lumineux relatif à plus d’un demi-siècle d’histoire littéraire, aux personnages essentiels qu’il a côtoyés dans les domaines artistiques et politiques, comme aux pays et aux êtres qui l’ont nourri et accompagné. Mais, au-delà du simple exercice consistant à rassembler ses souvenirs, l’auteur a voulu s’immerger au coeur de son être et de son identité, pour élucider son propre secret – secret  » lié, écrit-il, à la profondeur insondable que chacun est « . L’ouvrage est porté par un style ample, voluptueux, parfois mordant et ironique, à la hauteur de cette épopée intime où se mêlent les peuples et les continents, les plus grands créateurs et les derniers géants de l’histoire, la tragédie des guerres les plus dévastatrices et les rêves de fraternité les plus exaltants, les bonheurs de l’enfance et les épreuves du temps. Publié sous un titre inattendu, L’Extravagance, mais qui reflète bien le sentiment que lui inspirent à la fois l’histoire de sa destinée et le spectacle du monde, l’ouvrage de Salah Stétié est un véritable monument qui devrait enfin apporter à cet auteur majeur, injustement méconnu du grand public, une consécration plus large que celle qu’il a obtenue jusque-là. »
livre ouvert

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