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Lucie Cauwe « Les extravagants mémoires de Salah Stétié » 9/12/14

Les extravagants mémoires de Salah Stétié

par Lucie Cauwe

LC1Il a l’air d’un bon-papa gâteau avec ses yeux pétillants de malice et son sourire communicatif. Il est à la fois diplomate, écrivain et poète. Ou écrivain, poète et diplomate. Ou poète, diplomate et écrivain.
Qui est donc cet homme? C’est Salah Stétié, un Franco-Libanais né à Beyrouth fin 1928 dans une vieille famille de la ville. Il publie ses formidables mémoires sous un titre très intéressant, car ouvrant grand les fenêtres, « L’extravagance » (Robert Laffont, 644 pages).

La définition d’« extravagance » du dictionnaire Le Robert correspond assez mal à ce qu’on lit dans ce passionnant récit autobiographique, portant remarquablement son titre. Elle dit: « Etat d’une personne qui n’a pas le sens commun ». Ah, le pouvoir mutilant de la négation. « C’est moi qui ai trouvé le titre », m’explique Salah Stétié. « J’ai toujours pensé que toute la vie était extravagante. L’univers est un délire cosmique, avec des mystères sans cesse plus compliqués. Le mot « extravagance » s’est imposé à moi. Nous vivons sans le savoir en essayant de nous protéger par des croyances ou des cultures. Il y a un mystère infini du langage et de l’esprit. L’autre sens du mot « extravagance », je l’ai piqué à Madame de Sévigné, cette idée d’une forme de liberté de la plume qu’on laisse filer comme elle le veut, sans la corseter. »

LC2Ecrire en liberté, c’est bien ce qu’a fait l’ambassadeur-écrivain dans cet ouvrage prenant, que l’on soit amateur de politique, de littérature, ou que l’on ne le soit pas. Quel itinéraire! Qu’il soit remercié de nous le faire partager en nous racontant le monde qu’il a vu, le monde à la création duquel il a participé. Pour ses mémoires, Salah Stétié a confié sa vie à son œuvre, tout en sachant que la mémoire est une illusion. « Je voulais raconter l’histoire du monde à travers des choses personnelles et des choses du monde à travers la politique et la poésie, car j’ai deux cordes à mon arc. »  On parcourt avec appétit cet itinéraire entre deux rives, entre deux langues et entre deux civilisations.

« Ce livre de mémoires est né d’une pression de l’éditeur », ajoute Salah Stétié. « Mais pour écrire un livre de mémoires, il faut trois choses:
1. avoir beaucoup vécu
2. avoir vécu des circonstances parfois extraordinaires, en bien ou en mal
3. que quelqu’un vous dise qu’il a besoin de vos mémoires. » 
Conditions assurément remplies dans son cas.

Comment s’est-il attelé à cette tâche? « Je me suis installé à ma table de travail », me répond-il. « Et j’ai écrit, chapitre par chapitre, au fil de la mémoire, ce lac profond, cette mer dangereuse, car ce qu’on rapporte de la mémoire, ce sont des choses qu’on aurait voulu oublier et qui ressurgissent de manière terrifiante. Par exemple, l’incendie de la maison familiale quand j’avais un an. Est-ce un vrai souvenir ou pas? On me l’a tellement raconté que tout s’est imprimé quand j’étais en âge de comprendre. Il y a aussi des choses si redoutables que je n’ai pas voulu les raconter, mais elles se retrouvent sous forme allégorique dans mes livres de poésie. Il faut se protéger soi-même par une vie intérieure intense. Mon livre est une longue confession, ce qui est une forme de psychanalyse, avec le risque de se noyer dans sa propre mémoire. » 

On découvre une enfance heureuse, une jeunesse heureuse, berceaux d’une vie qui se déroule comme un conte, avec des allers-retours dans le temps et des choix thématiques clairs. « L’âge adulte m’a vu entrer dans la diplomatie, une diplomatie qui a été très vite de combat, en raison des causes dans lesquelles je me trouvais engagé. La cause palestinienne par exemple, car les Palestiniens étaient présents dans mon pays, le Liban. C’est la cause libano-palestinienne qui m’a poussé à être diplomate. Je l’ai défendue dans la mesure de mes possibilités avant de défendre ensuite la cause libanaise qui est celle de mon pays. J’ai toujours travaillé avec les armes de la diplomatie, des armes pacifiques. »

« L’extravagance » raconte avec force et enthousiasme l’ambassadeur en mission dans différents pays, l’homme qui fait des rencontres extraordinaires, l’écrivain, le poète, né dans une famille qui aime la poésie, le lecteur qui commença sa vie avec les livres par des bandes dessinées, le journaliste. Et bien sûr l’ami des artistes, créateurs de poésie, de théâtre, de peinture ou de musique contemporaine. Une vie de passions, d’amitiés partagées et d’amour, reçu et donné par cet homme qui se présente comme un fondateur, à l’âme d’entrepreneur. « Le livre est positif », assume Salah Stétié. « C’est mon caractère. L’essentiel est le besoin de créer. J’ai rempli ma vie de livres. J’ai toujours été très lié à la création contemporaine avec des poètes, avec la « Revue des Lettres nouvelles », avec des grands peintres dont Pierre Alechinsky. »

Deux autres livres de Salah Stétié viennent de sortir chez Fata Morgana, LC3« L’être », un recueil de poèmes, et LC4« Le chat couleur », un recueil de nouvelles.
« Je suis un auteur qui reçoit beaucoup de lettres de lecteurs », conclut l’écrivain.
« Cela forme une grande armée pacifique d’amateurs de poésie, de guetteurs de sens. Je suis à cheval sur deux mondes, celui de ma profession de diplomate qui n’est pas une science mais un art, et sur la création.
Tant que j’aurai la force de respirer, j’aurai la force de créer. »

Delphine Darmency « L’Extravagance d’une riche mémoire »

Salah Stétié, l’extravagance d’une riche mémoire 28/11/14

par Delphine Darmency in L’Hebdo Magazine, 28/11/14

Du haut de ses 86 ans, l’homme de lettres, séducteur de la première heure, n’a perdu ni son charme ni sa verve. Au Salon du livre francophone de Beyrouth, il est venu présenter son dernier ouvrage, ses mémoires, baptisées Extravagance. L’histoire d’un poète, diplomate, amoureux des mots et de la peinture qui livre la traversée d’une vie et d’un siècle.

mag«La mémoire est une illusion. Plus que ne l’est la vie? Peut-être bien», écrit Salah Stétié. Assis devant le stand de la librairie Antoine au Salon du livre francophone, le poète se prête à un entretien improvisé pendant la signature de ses mémoires. Des mémoires dont il n’est pas l’initiateur. «C’est Jean-Luc Barré, éditeur chez Robert Laffont, qui m’a proposé de les écrire. Il aimait, paraît-il, ma façon de saisir le sens caché des événements et trouvait que je traitais avec beaucoup de subtilité le portrait des hommes», explique le poète. Il s’agissait de m’engager pour une sorte d’esclavage d’écrivain. On a peur de ce que l’on va trouver au fond de soi, poursuit-il. Les souvenirs sont remontés à la surface un peu comme si avec une énorme fourchette, j’avais gratté le fond de ma mer intérieure. Ce que je ramenais était souvent lié à des choses négatives dans mon expérience du monde. Et pour tout vous dire, cela n’a pas été une partie de plaisir, mais je me suis accroché». L’exercice lui aura pris quatre ans, quatre ans pour retracer ses vies multiples, à la fois journaliste, créateur, diplomate et écrivain, comme il se définit lui-même. «Il s’agit d’un livre d’histoire, d’une reconstruction plus ou moins logique, plus ou moins abstraite, souvent illogique d’un moment vécu qui est important car complexe, décrit Salah Stétié. L’écrivain des profondeurs n’est pas un logicien, mais un psychanalyste, reprend-il. Je devenais historien de ma mémoire, dans une sorte de dialogue avec moi-même». Un retour sur toute une vie sans forcément la comprendre pour autant. «La vie est incompréhensible à 99%, souligne-t-il au cours d’une rencontre avec des étudiants organisée dans le cadre du salon. Le vent passe et il emporte le 1% de sens. L’incompréhension c’est aussi l’extravagance. Et ce n’est pas là de la philosophie, c’est de la poésie», affirme-t-il l’index levé.

Bercé par les mots
Ses mémoires débutent, comme elles se doivent, par un retour à l’enfance aux côtés d’un père qui écrivait de la poésie classique arabe. «J’ai passé mes premières années, bercé par des cadences verbales incompréhensibles, mais étrangement séduisantes pour le petit garçon que j’étais et qui s’était mis en tête, en alignant des mots sans suite, souvent inventés, de faire son poème à lui. Voilà comment prennent naissance les vocations», écrit-il. Alors que son père, Mahmoud Stétié, avait appris le turc et l’arabe pour faire carrière en tant que fonctionnaire de l’Empire ottoman, il voit ses projets anéantis lors de l’instauration du mandat français et va pousser son fils à maîtriser la langue du nouvel occupant, celle de Molière. C’est ainsi qu’en lisant Alexandre Dumas, Stendhal, Balzac, Nerval ou encore Théophile Gautier et tant d’autres, le jeune Salah va s’amouracher de la littérature française pour ne jamais la tromper. «Ah, chers, très chers amis de mon enfance, je vous dois tout, le rêve et le réel, les émotions et les indignations, les larmes et les joies, les ravissements et les anxiétés, la fascination des paysages et les questionnements devant la mort. La poésie quoi: l’amour des mots, le sentiment de leur pouvoir», écrit-il encore. Le lecteur vagabonde de souvenirs en anecdotes, de l’entrée des forces victorieuses au Liban en 1942 et la découverte du chewing-gum, aux étés de l’écrivain passés à Barouk jusqu’à son obsession d’enfant de découvrir le sexe féminin. «Cette enfance a été un rêve, mais le Liban ne pouvait suffire à alimenter mon ambition d’aller plus loin dans l’aventure humaine du XXe siècle, précise-t-il. De mes voyages, j’ai eu la possibilité de créer des liens avec tous les grands artistes, les grands peintres du siècle passé et de collaborer avec eux».
L’homme de lettres fut également conseiller culturel, ambassadeur du Liban ou encore secrétaire général du ministère des Affaires étrangères pendant les dernières années de la guerre, de quoi alimenter des mémoires denses et riches. «Ce livre se lit comme une traversée de la vie, lance-t-il. Méditez-le, discutez-le. Je l’ai écrit pour moi, pour diminuer ce fardeau que j’ai sur le cœur, mais je l’ai écrit également pour vous le faire partager et pour qu’il ôte un peu de votre propre fardeau. Ce livre restera comme un témoignage fait après la guerre du Liban», ajoute-t-il. «Mais reste-t-il quelque chose du Liban?», demande une femme venue faire signer son exemplaire. «Oui, il faut être patient, lui murmure-t-il à l’oreille. C’est un processus long; le Liban en vaut la peine».

Delphine Darmency

Edgard Davidian « Les mémoires de Salah Stétié : une leçon d’Histoire »

Un livre intense, fourmillant de détails. Sous un titre imprévisible, «L’extravagance», Salah Stétié publie ses Mémoires aux éditions Robert Laffont (640 pages). Un pavé qui se dévore tel un roman palpitant pour tracer une vie, mais aussi l’histoire houleuse du Moyen-Orient.

Edgar DAVIDIAN | OLJ18/11/2014

 «Un écrivain confie sa vie à son œuvre.» Ainsi s’exprime l’auteur des Porteurs de feu dès la première phrase de sa longue et monumentale narration. Dans un style d’une très haute tenue, Salah Stétié, qui possède à son actif plus de 90 opus entre essais, poésies, traductions et romans, ne pouvait mieux dire. Tout son monde, intérieur et extérieur, est minutieusement passé au tamis de l’analyse et livré (confié pour reprendre ses propres termes) aux pages des livres. Et cela depuis des lustres, ou plus exactement depuis 1972.

Pour en revenir aux sources nourricières et inspiratrices, voici ici une remontée aux origines, c’est-à-dire à la prime enfance, aux alentours de 1928, où l’auteur de L’eau froide gardée voit le jour. Sa voix, sa plume d’écrivain, de poète, de spectateur et d’homme d’action privilégié le guident dans cette ample introspection, cette immersion au cœur de son identité, cette quête pour tenter d’expliquer – du moins partiellement – l’inextricable écheveau des rapports des hommes.

 Introspection de soi et de l’univers qui l’environne, de Beyrouth à Paris, pour un étourdissant périple semé de surprises et de rencontres. Surprises et rencontres certes toujours enrichissantes, toujours pétries de leçons à tirer, mais aussi où le cœur a des déconvenues, où les espoirs tombent comme des murs et où les déceptions sont insondables devant les absurdités des guerres, des tragédies innommables et des luttes fratricides.

C’est avec une gourmande curiosité et à travers multiples casquettes qu’avance ce récit haut comme des vagues démontées, avec pourtant la cadence maîtrisée d’une musique profonde, insidieuse, incantatoire. C’est en écrivain, poète, amateur d’art, traducteur et diplomate que la plume de Salah Stétié scanne, avec un regard sans ménagement ni complaisance, ce retour en arrière de deux mondes, deux rives, deux cultures, deux civilisations. Et qu’il aime aussi passionnément l’un que l’autre.

 L’extravagance? Elle est où l’extravagance pour cette œuvre (qui devait s’appeler initialement, d’après les aveux de l’auteur, Errant sous l’impensable, une citation de Holderlin) au souffle titanesque? Partout dans ce décor de théâtre improbable qui s’étend des terres de l’Orient jusqu’à celles de l’Occident. Dans ce monde baroque et fou, avec ses personnages marquants, anonymes ou insignifiants, ses brasiers jamais éteints, ses créations littéraires diverses, aux sensibilités si proches tout en étant parfois si antinomiques, la littérature reste un fanion qui flotte au vent.

 Un demi-siècle d’histoire littéraire est traversé tel le vol d’un épervier qui hante des espaces où l’ombre et la lumière se disputent en toute insolente férocité chaque carré. Une prose somptueuse pour ces Mémoires d’une vertigineuse érudition. Avec une galerie de portraits attachants, et l’on s’arrête sur les noms de

Georges Schéhadé, Adonis, Pierre Jean-Jouve, Édouard Glissant, Yves Bonnefoy, André Du Bouchet, René Char, sans oublier la part léonine réservée à Charles de Gaulle. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Avec aussi une kyrielle d’autres actants de la comédie humaine, hommes et femmes de l’ombre, mais qui ont tous leurs mots à dire, leur action à apporter à la fraternité humaine, leur témoignage à jeter sur le parchemin des parcours des vivants. Pour un commun questionnement à tous les mortels.

 À travers les pages touffues de L’extravagance, qui tient constamment le lecteur en éveil, malgré une profusion de détails, c’est cette soif de connaître et du bien agir que tente de communiquer Salah Stétié, lui l’humaniste, l’infatigable voyageur. Des frontières et des livres.

Compte rendu de la signature du 30/10/14

Actualitté Consultez le lien

La poésie, « donner à cette folie universelle, un peu de sens » (Salah Stetié)

Rencontre avec un diplomate-poète

Son éditeur, Jean-Luc Barré, dit de lui qu’il « a traversé les époques, et les plus difficiles » : Salah Stetié, poète, écrivain, a publié ses mémoires aux éditions Robert Laffont. L’extravagance, un titre qui préfigure tout un poème, pour un homme qui a côtoyé les plus grands écrivains, entouré de poètes immenses – Bonnefoy, Michaux ou encore Du Bouchet et bien d’autres. « Il est devenu leur frère d’âme », ajoute son éditeur. Rencontre avec cet auteur français, d’origine libanaise. 

Salha Stétié

ActuaLitté CC BY SA 2.0

Venu à la librairie L’Écume des pages, dans le cadre des rencontres Hors les Murs qu’organise le Centre National du Livre, Salah Stetié ne se répand pas en paroles. « La vie est extravagante », lance-t-il au public, avant d’ajouter : « J’ai certainement encore quelques heures, à passer avec mon éditeur. Mais certainement bien moins que je ne le souhaiterais. Profitez-en maintenant. » Pas d’humour noir, peut-être une simple lucidité, mais un sourire franc, convivial. C’est l’invitation au partage.

Bonnefoy, Salah Stetié s’en souvient comme d’un ami de la première heure, « bien avant qu’il n’écrive. Nous gardons des relations très étroites, et il m’a envoyé son dernier livre qui vient de sortir ». Mais il garde aussi le souvenir d’Henri Michaux, bien plus âgé déjà que lui, ou encore André Gide. « Les nourritures terrestres, ce fut un véritable choc pour notre génération. »

Si l’on connaît mal son humour, « caché derrière une attitude solennelle », Salah Stetié est un homme généreux, qui manie la langue française avec la douceur d’un amant. Son souffle poétique est plus tourné vers l’intérieur, mais on le mesure volontiers à un certain Saint John Perse – c’est que les deux hommes ont partagé une carrière de diplomate reconnu. « Il ne manque finalement qu’un Nobel de littérature à Salah », plaisante son éditeur. « Mais la place des poètes dans notre société est réduite. Ce sont des êtres puissants, qui sont finalement peu vus. Voilà une cinquantaine d’années, c’étaient de grandes figures dans la littérature et la vie intellectuelle. »

Au gré des dédicaces, il trouve une anecdote, un mot, toujours empressé de satisfaire la curiosité. Mais c’est en poète qu’il s’exprime, homme chercheur de sens. « La poésie est ce qui permet, quelquefois, de donner à cette folie universelle que l’homme vit, – à quoi il ne comprend le plus souvent rien – de donner, donc, un peu de sens. Oh, par-ci, par-là… » Attention : on ne parle pas de l’art des vers, mais l’art de créer, « l’imaginatif, le sensible, le sensuel, en marge de la vie, mais avec la complicité de la vie ».

Sa poésie, plus tournée vers l’intérieur, lui a offert « de trouver, parfois, du sens. Le poète est un chercheur de sens. Il y a autour de nous, beaucoup de non sens, cette Extravagance, dont je parle. Et de temps en temps, l’étincelle du sens arrive, au coin d’un poème. La poésie n’est pas simplement la poésie dite telle. On la trouve chez Proust, ou ailleurs, dans toutes les œuvres illuminées par une recherche de nature intérieure ».

La poésie, Salah Stetié y vint en souhaitant imiter l’exemple de son père, qui était poète. « J’ai vécu mon enfance dans une ambiance poétique : il était un excellent poète de tradition classique arabe. J’entendais dans la maison, ce langage incompréhensible, et puis, vers 7 ou 8 ans, je me suis mis à faire comme mon père. » Première manifestation du complexe d’Oedipe, ajoute-t-il, facétieux : « Je voulais remplacer mon père dans l’amitié, l’amour et l’admiration que lui portait ma mère. »

Avec 200 ou 300 mots de français dont il disposait, Salah Stetié se met à écrire des vers. « Je les ai montrés à ma maîtresse qui les a vus. Elle m’a dit bravo. Elle les a montrés à Madame la directrice – j’étais dans un collège protestant, très célèbre au Liban. Elle a dit : “Ce sont des vers de mirliton.” Alors je me suis posé la question de savoir si c’était bien ou pas, d’écrire des vers de mirliton. J’ai dû attendre trois ans, que mon père m’offre, pour mon certificat d’études, le Petit Larousse, et là, ô rage, ô désespoir, j’ai compris que j’avais fait de très mauvais vers. »

Et d’ajouter : « Je suis devenu depuis, j’espère, un poète comestible. »

 
 

 

 

Rencontre à L’Ecume des Pages 30/10/14

 

Rencontre à la Librairie L’Ecume des Pagesecume

Le jeudi 30 octobre 2014 à 19h

Rencontre animée par Jean-Luc Barré

sous l’égide du ministère de la culture et du Centre National du Livre

signature de L’Extravagance, Mémoires, aux éditions Robert Laffont, 2014

Entretien avec Annick Schuin, RTS Radio Télévision suisse, 24/10/14

« Le Grand Entretien » de la RTS par Annick Schuin

Salah Stétié, Kyoto 2011 : l'homme du oui ?
photo de Stéphane Barbery

Poète et écrivain de talent, celui qui fut aussi un diplomate de haut vol publie ses Mémoires qui traversent un demi siècle dʹhistoire politique et de rencontres littéraires.
Salah Stétié nous fait partager ses émotions, ses engagements et lʹamour de la langue française sans occulter ses blessures. A 85 ans, Salah Stétié publie ses Mémoires intitulés « LʹExtravagance ».
Ainsi en a-t-il décidé car le terme, à ses yeux dʹécrivain et dʹancien diplomate, symbolise à la fois le spectacle du monde tel quʹil sʹest offert à lui et son propre destin.
Né à Beyrouth dans une famille bourgeoise et sunnite, Salah Stétié fut tour à tour directeur littéraire à LʹOrient – aujourdʹhui LʹOrient le Jour – haut fonctionnaire à lʹUnesco, puis ambassadeur du Liban aux Pays-Bas, par deux fois, et au Maroc. Son chemin croise celui des grands hommes politiques, en particulier De Gaulle qui lʹa marqué, et celui dʹun monde qui lui semble plus proche, habité quʹil est par des écrivains et surtout des poètes tels que Georges Schehadé, Adonis, René Char ou encore Yves Bonnefoy.
Extravagance dʹune vie en mouvement dans un monde qui bouillonne, extravagance dʹune œuvre forte et ample. Mais lʹextravagance désigne aussi les années de guerre qui ont déchiré son pays et le conflit qui désole toute la région. Les mots dʹamour de Salah Stétié pour la langue et lʹécriture prennent une saveur amère lorsquʹil décrit tout ce quʹil a perdu, son pays, lʹhonneur de sa région et, peut-être, sa foi en lʹhomme.
Aujourdʹhui, Salah Stétié vit au Tremblay-sur-Mauldre, petite ville qui abrite la tombe de Blaise Cendrars, comme lui naturalisé français…

« LʹExtravagance », Salah Stétié, Robert Laffont, 2014

Une importante partie de lʹoeuvre de Salah Stétié est réunie dans la collection  » Bouquins  » sous le titre: « En un lieu de brûlure » (2009)

Ecouter

Invité à la Fête du Livre de Saint-Etienne 18/10/14

► SAMEDI 18 OCTOBRE

Signature de L’Extravagance, éditions Robert Laffont 2014

> L’Orient des poètes

De 10h30 à 11h30

Salle Aristide Briand Hôtel de Ville

 

Avec Salah Stétié et Francis Lalanne.

Une rencontre insolite sur les rives de la poésie et du Liban.

Salah Stetié, grand poète libanais y fera part de ses Mémoires quand Francis Lalanne explique son amour de la poésie.

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L’Entretien de France 24 en arabe

Voici l’entretien, en arabe, réalisé par Nadia Ghantous pour France 24, à l’occasion de la sortie de L’Extravagance, éditions Robert Laffont.

VOIR

Invité de « Entre nous soit dit » RTS 1ère 06/10/14

« Entre nous soit dit »

RTS 1ère

lundi 6 octobre 2014 à 14h

écouter

Salah Stétié, diplomate et auteur. [Stéphane Barbery - salahstetie.net]

Salah Stétié, diplomate et auteur. [photo Stéphane Barbery]

Poète, essayiste et diplomate, homme d’action, amateur d’art, Salah Stétié est une des figures les plus importantes de la littérature francophone contemporaine.

Il vient de publier ses mémoires intitulées « Lʹextravagance » chez Robert Laffont. Lʹessentiel de son œuvre poétique a été publié en 2009 dans la collection Bouquins sous le titre « En un lieu de brûlure ».

Salah Stétié est issu de deux civilisation matrices de plusieurs cultures. Lʹune méditerranéenne et orientale, lʹautre française et occidentale.

Libanais dʹorigine, il sʹest senti français très jeune par la pratique dʹune langue apprise dans les meilleures universités de Beyrouth et de Paris. Dès lors, il sʹest lié, sur chacune de ces rives, aux plus grands poètes des années 1950 et 1960: dʹun côté, Georges Schehadé et Adonis, de lʹautre, Pierre Jean Jouve, René Char, Yves Bonnefoy, André Bouchet…..

Ses mémoires livrent un témoignage puissant et lumineux sur un demi-siècle dʹhistoire politique, les personnages prépondérants quʹil a côtoyés dans les domaines artistique et littéraire, comme les pays et les êtres qui lʹont marqué et accompagné. De Gaulle est lʹun des héros de ce récit.

Cʹest bien un sentiment dʹextravagance quʹinspirent à Salah Stétié à la fois lʹhistoire de sa destinée et le spectacle du monde.

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