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Biographie (German)

Salah Stétié (Libanon, geb. 1929)

Studium an der Beiruter Université de Saint-Joseph und in Paris, wo er sich literarischen Zirkeln anschließt.

1963 schlägt er die diplomatische Laufbahn ein und wird Repräsentant des Libanon bei der Unesco, dann libanesischer Botschafter in den Niederlanden. Lebt in Frankreich.

Neben seiner französischsprachigen Dichtung hat Stétié zahlreiche Essays vor allem zur orientalischen Literatur veröffentlicht.

Seine vielfach preisgekrönte Lyrik von ganz eigener Rhythmik mäandert zwischen Mystik und Sprachmagie und ist gekennzeichnet durch Deutungsoffenheit und grammatische Reduktion.

Biography (English)

Salah STÉTIÉ is a French Lebanese poet and essayist of international renown. In his exquisite, soberly beautiful poems, Western culture merges with Oriental and Arabic traditions. His writing has a swirling metaphysical dimension while never ceasing to root itself in earthy, sensuous experience. His poems evoke a deep, half-questioning, half-serene meditation of all that is  » hanging on the other side of being  » –  » the great soft lion’s track in the invisible  » – while still capturing the swarming particularities of our daily presence in the world.

Salah Stétié was born in Beirut in 1929. After studies in Lebanon and France, he turned his attention towards the problems of contemporary poetry, establishing exchanges and friendships with writers such as Jouve, Mandiargues, Ungaretti, Bonnefoy, Du Bouchet and David Gascoyne. After launching the cultural weekly L’Orient littéraire in Beirut, he developed two parallel careers, as a writer and as a distinguished diplomat, in Paris, Morocco, The Hague and elsewhere.
He has published 40 books, and was awarded Le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française en 1995.

Biographie 300 mots

Salah Stétié, né 1929 à Beyrouth, est l’un des principaux poètes et essayistes contemporains dont l’œuvre, écrite en français, est traduite dans la plupart des grandes langues d’Europe, ainsi qu’en arabe. Ancien ambassadeur du Liban (à l’Unesco, aux Pays-Bas, au Maroc, puis Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères), il est l’auteur d’une cinquantaine de livres et son œuvre a été couronnée de plusieurs prix, dont le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française, le Grand Prix européen de poésie de Smederevo et le Grand Prix international des Biennales internationales de Liège. Lié à beaucoup d’écrivains essentiels du XXème siècle, dont Pierre Jean Jouve, Henri Michaux, André Pieyre de Mandiargues, René Char, André Du Bouchet et Yves Bonnefoy parmi d’autres (Schehadé, Ungaretti, Gascoyne, etc.), il a également collaboré avec plusieurs artistes importants (Ubac, Alechinsky, Tapiès, Zao Wou-ki, Richard Texier, Lad Kijno, Jean Cortot, Alexandre Hollan, etc.) pour des livres de bibliophilie. Parmi ses récents ouvrages, on peut citer : En un lieu de brûlure (collection “Bouquins”, Robert Laffont, 2009), qui reprend notamment tous les recueils de Stétié parus aux éditions Gallimard, un recueil de nouvelles Le chat couleur (Fata Morgana, 2014), son dernier dernier recueil de poèmes L’être (Fata Morgana, 2014) ainsi que ses mémoires : L’Extravagance (Robert Laffont, 2014)

Biographie courte

Salah Stétié, né en 1929 à Beyrouth, est l’un des principaux poètes et essayistes contemporains dont l’œuvre, écrite en français, est traduite dans la plupart des grandes langues d’Europe, ainsi qu’en arabe. Ancien ambassadeur du Liban (à l’Unesco, aux Pays-Bas, au Maroc, puis Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères), il est l’auteur d’une cinquantaine de livres et son œuvre a été couronnée de plusieurs prix, dont le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française. Dernières publications : un recueil de nouvelles Le chat couleur, un recueil de poèmes L’être, Fata Morgana, 2014), Ainsi que ses mémoires, L’Extravagance (Robert Laffont, 2015)

Petit Larousse

Petit Larousse, 2003

Stétié (Salah), Beyrouth 1929, poète français d’origine libanaise.
Il est l’auteur d’une œuvre dense, à la forme à la fois sensuelle et épurée (L’eau froide gardée, 1973 ; L’Être Poupée, 1983).
Par l’essai et la traduction, il contribue aussi à faire connaître la culture arabo-musulmane.

Le Petit Robert des Noms Propres

STÉTIÉ (Salah)
 Poète libanais d’expression française (Beyrouth 1929).
Diplomate comme le furent d’autres poètes.
 Il passe en France une partie de sa vie représentant notamment son pays à l’Unesco (1963).
Célébrant à la fois une langue française très pure et les traditions de la poésie arabe, il est l’auteur d’une œuvre poétique abondante et très dense ou la réduction de l’expression et des thèmes vise à l’évocation de l’essentiel humain par des moyens verbaux épurés, la référence à Mallarmé (à qui Stétié a consacré un essai Mallarmé sauf azur 1999) s’imposant du coté occidental. Parmi ses recueils poétiques L’Eau froide gardée (1973) Inversion de l’arbre et du silence (1981) L’Etre poupée (1983) (traduit en arabe par Adonis, 1983) Archer aveugle (1986) Lecture d une femme (1988) L’Autre cote brûlé du très pur (1992).

II est l’auteur de nombreux essais de recueils d’aphorismes (Signes et singes 1996) de traductions et présentations de poètes arabes, de textes sur la poésie, la langue, l’art et la calligraphie.
Son œuvre manifeste « le désir d’une vigilance et une foi dans la parole de poésie » (Yves Bonnefoy) et se découvre dans une illuminante.

 

 

Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours

DICTIONNAIRE DE POÉSIE de Baudelaire à nos jours
PUF 2001

 SALAH STÉTIÉ par JEAN- LOUIS JOUBERT

STÉTIÉ Salah, né en 1929
« Un poète de langue arabe qui écrit en français » : c’est la définition que le grand poète syro-libanais Adonis donne de son compatriote Salah Stétié, diplomate, poète, essayiste, traducteur – passeur infatigable entre l’Orient et l’Occident.
Salah Stétié est né à Beyrouth, le 28 décembre 1929, donc dans la période du protectorat français sur le Liban : tout naturellement, il a suivi une scolarité qui l’a conduit à la maîtrise de la langue française, qu’il apprend au collège protestant français de Beyrouth, puis chez les jésuites.
Mais, issu d’une famille de la petite bourgeoisie musulmane, depuis longtemps installée à Beyrouth, il a reçu de son père, enseignant et volontiers poète en langue arabe, une solide initiation à la culture arabo-musulmane.
Deux maîtres ont eu une influence essentielle sur lui : Gabriel Bounoure, rencontré au Liban, et Louis Massignon dont il a suivi, pendant ses années parisiennes, les cours du Collège de France sur les grands mystiques musulmans. Le Liban de son enfance est resté pour Salah Stétié le lieu essentiel de son imaginaire. Les poèmes de son premier recueil poétique, L’Eau froide gardée 1973), sont comme la condensation de moments passés, pendant les vacances dans la villégiature familiale de Barouk, dans la montagne libanaise.
Mais Paris est l’autre pôle de son univers mental : il a découvert Paris et la France après la Seconde Guerre mondiale, pendant ses années (« paresseuses », selon le poète lui-même) d’études à la Sorbonne, souvent délaissées pour partir à la recherche de livres rares dans les librairies du quartier Latin. La rencontre de quelques êtres exceptionnels (Pierre Jean Jouve, Yves Bonnefoy, André Pieyre de Mandiargues …) a profondément marqué le jeune poète, qui publie confidentiellement en 1964 un premier recueil, La Nymphe des rats.

De retour au Liban, Salah Stétié crée et anime L’Orient littéraire, supplément culturel de L’Orient, le grand journal francophone de Beyrouth. Il est un temps enseignant à Alep, ville à laquelle il devait consacrer plus tard une belle méditation (Le Voyage d’Alep, 1991). Il enseigne aussi à l’Université libanaise. Puis, dans les années 1960, il entre dans la carrière diplomatique et occupe des postes de premier plan : conseiller culturel à Paris, délégué du Liban à l’UNESCO (il jouera à ce titre un rôle majeur dans la politique de sauvegarde des monuments de Nubie lors de la construction du barrage d’Assouan), ambassadeur du Liban au Maroc et aux Pays-Bas, secrétaire général des Affaires étrangères du Liban.

Parallèlement, une œuvre d’une grande ampleur s’est déployée : une dizaine de recueils poétiques, un grand nombre d’essais, de méditations, de livres d’aphorismes…
Toujours ouverte sur le double paysage intérieur de Salah Stétié, oriental et occidental, cette œuvre est l’une des plus remarquables contributions du Liban à la culture moderne. Le Grand Prix de la francophonie, décerné par l’Académie française, lui a été attribué en 1995.

La même année que les textes en prose de La Mort Abeille (1972), qui glissent de l’essai au poème (« Avant l’invention du café par un vieil alchimiste d’Arabie, l’univers était sans parfum »), paraît chez Gallimard, sous le titre Les Porteurs de feu, une suite d’essais sur la poésie arabe contemporaine, soulignant la révolution opérée par les nouveaux poètes de langue arabe qui ont mené une contestation radicale de la forme vieillie, sclérosée, refermée sur elle-même de la qacida pour retrouver un contact régénérateur avec le monde, pour introduire la modernité dans la littérature arabe.

Mais c’est en français que Salah Stétié a choisi d’écrire.
Ses premiers poèmes frappent par l’extraordinaire économie des moyens mis en œuvre, comme s’il fallait le moins de mots possible pour dire « la plus dense des densités ».
L’ambition du poète de L’Eau froide gardée (1973) et de Fragments : poème (1978) est de saisir dans l’éclat, la brisure, l’abrupt de la syntaxe (qui suit peut-être un ordre venu de la langue arabe), l’expérience vécue illuminante et l’inépuisable luxuriance du monde visible, ramassée dans l’évidence épurée de quelques mots.
Il dira plus tard que la poésie doit être « la traversée d’une expérience vécue » (Fragments : poème) :

La fleur et le volcan du soir
Sous l’impérieuse absence du nom
Ô sécheresse

Dessèchement d’amour visible
Si brille l’huile impossible
Dans le non-vrai nuage

La vérité est dans le crépuscule
Que divise et rassemble
Une respiration
Détruite

L’expérience première que ces poèmes invitent à retrouver est celle du chaos, de la douleur, de la déréliction, de la menace qui rôde partout.
Quelques images, reprises au long de l’œuvre, disent ce malheur inévitable : le cerf traqué par les chasseurs ( » Ô cerf marchant vers l’arbre oh perdant pied, le ciel se refermant sur / Ton approche « ) ; la lampe de vie submergée par les ténèbres, enfermée dans la glace ( » Dure lampe de poésie d’arrachement / De la lumière et ses roches rompues « ) ; l’oiseau ( » Un seul oiseau / Traverse avec épuisement le paysage / Éparpillé « ) ; l’épée ou l’arc ( » Et les amants de l’arc / Ont tué la poupée au cri de l’origine « )…

Mais la poésie ouvre aussi un chemin vers l’absolu.
À sa manière, parallèle à la méditation des grands mystiques, elle prépare ses révélations par le rêve et le silence qui conduisent à la saisie de l’Être, dans le jeu parfois de subits renversements :

l’abstraite la fermée l’imaginée
La contre-morte la plus morte l’immortelle
Avec le feu du volcan de nature
Dans la profondeur de ses terres
L’unique aimée de terre
L’étoile de sa terre ayant meurtri
Sa marche du côté des vieux joncs
Et quelle étoile ayant saisi sa terre ?
Elle crie vers la parole
Et la parole est terre accrue de terre
Elle crie le corps fermé
Unique et long dans la respiration

Cette poésie de l’intensité tourne le dos au développement, à la poussée lyrique. Elle veut aller le plus loin dans la brièveté sans mourir dans le dessèchement.
Nulle sensation à partager, comme parfois chez Rimbaud ou René Char mais, par la nudité du mot, une ouverture sur le « très pur » de l’être.
Cette esthétique de la « sécheresse lyrique  » se continue dans les recueils de la maturité : Obscure lampe de cela (1979) ; Inversion de l’arbre et du silence (1980) ; L’Être poupée, suivi de Colombe aquiline (1983) ; L’Autre Côté brûlé du très pur (1992) ; Fièvre et guérison de l’icône (1996)…
Leurs titres, par l’éclat énigmatique des images, affichent le goût de l’ellipse. La ponctuation devient un élément essentiel de l’esthétique de la nudité et de la brièveté.
Un aphorisme de Signes et Singes (1996) le signale : « Mettre un point à la fin d’une phrase évite l’inondation. » Les blancs de la typographie, le découpage des mots enjambant les vers, la place incongrue de virgules, comme des silences au début ou à la fin d’un vers, l’usage hors norme des tirets, des parenthèses, des crochets, des deux points, imposent une lecture hachée, hésitante.
La poésie de Salah Stétié nécessite l’écriture (une calligraphie occidentale) pour rendre sensibles ses décrochements, ses arabesques, où certains cri-tiques ont voulu voir la quintessence de sa manière d’être poète.

Ce que montrent ces jeux d’écriture, c’est qu’une poésie de l’épure, de la densité, presque minérale dans les brisures des vers, est aussi une poésie du surgissement difficile, du lent bégaiement des mots, pour faire apparaître la mystérieuse immanence de l’être (Inversion de l’arbre et du silence) :

A moitié dans le cercle de la mort
Est la mort. La fillette
Ses seins, l’un et l’autre.
L’un est bleu, l’autre est bleu, et l’un
A cause de ce qui, ce qui peut-être
Brille ici au pli de l’observance
De la mort. Ceci, vivifié :
Le fruit, tous les fruits de la fillette
Ô pierreuse — et tous les fruits bleu pomme

La sensualité, si éclatante dans beaucoup de poèmes ( » ô Nathalie sortie dans le bruit de ta robe / Avec pour ville un instant d’arbres, ô Nathalie / Et l’ombre amoureuse de dalle et quelle dalle / Colore assez ta joue de Nathalie ? « ), donne sa couleur particulière au seul texte « romanesque » de Salah Stétié, Lecture d’une femme (I985)

Mais comme beaucoup de poètes modernes, Salah Stétié a surtout consacré ses essais en prose a un approfondissement de sa réflexion sur la poésie.
Au départ, il y eut peut-être une méditation sur la condamnation coranique de la poésie car les poètes, ces « divagateurs » comme les appelle le Coran, ont un pouvoir de parole quasi magique qui égare loin du lieu de vérité, de ce dialogue permanent avec Dieu que doit réaliser la parole animée du souffle divin qui est la vie. Au fond, les poètes procèdent à un détournement du pouvoir de la parole.
Empruntant l’image de son titre au livre sacré, Salah Stétié a commenté longuement cette critique de la poésie dans Lumière sur lumière (1992). Il y développe son idée de la poésie comme « parole de la parole », comme « outre-dit » : expérience qui vise à atteindre au-delà des mots ce vide ou cet absolu que la langue postule. Une mystique de la poésie.

Ur en poésie (1980) avait déjà présenté cette thématique : « La poésie est liée consubstantiellement à la mort. De la nuit à la nuit court le frémissement – la vibration du dit. Mais la nuit, quelle est-elle ? Elle est d’abord fille de l’étonnement : oui, devant la profondeur de l’être et son impalpable unité, l’esprit s’étonne — et que, d’énigme en énigme, il y ait ce point fragile et résistant, cette beauté de fer. […] Ce passage de la nuit à la lumière et ce retour de la lumière au sein de la nuit, tel est le cycle poétique, allégorie peut-être du cycle naturel dont l’esprit le moins léger s’imprime. »
Pour Salah Stétié, la poésie a donc une vocation ontologique. Son seul devoir est de dire l’être, de ramener l’homme à l’essentiel, de dégager du fouillis enchevêtré des expériences « cette totalité de sous-entendus en sous-texte, dont l’affleurement constitue de résonance en résonance le véritable champ affectif et mental du poème » (dans l’essai L’Interdit, 1993).

Une telle conception de la poésie a une conséquence importante pour le lecteur : impossible de lire des poèmes isolés, même si la fragmentation est affichée en principe ; chacun n’a sens que par les souterraines connexions qui l’unissent à tous les autres. La construction même des livres de poésie de Salah Stétié le manifeste: non pas des recueils de hasard, mais des ensembles structurés par des formes dominantes qui donnent une spécificité à chaque volume ; ensembles de trois quatrains dans Fragments : poème ; suites de trois strophes, qui sont souvent des tercets, dans Inversion de l’arbre et du silence ; stances (souvent de huit vers) qui sont souvent des alexandrins dans L’Être Poupée… La parole est à la fois ramassée et interminablement reprise, comme psalmodiée dans un infini jeu d’arabesques.

Un dialogue ininterrompu avec des poètes vivants ou morts a peu à peu modelé l’art poétique de Salah Stétié.
C’est la méditation sur Rimbaud (Rimbaud, le huitième dormant, 1993).
C’est dans Le Nibbio (1993) Une suite de textes qui confrontent Ésope, les fabulistes chinois et les conteurs arabes, les poètes sumériens, Baudelaire, Pierre Jean Jouve…
C’est aussi Hermès défenestré (1997) qui balance de la lecture de grands textes arabes à celle de Maeterlinck, Mallarmé ou Rilke, qui commence par un beau texte sur « l’homme du double pays » qu’est Salah Stétié (« non seulement quelqu’un qui relie et conjoint ses deux exils, mais quelqu’un qui permet de passer : par le passage qu’il est devenu lui-même, lui-même transformé justement, en passeur-médiateur » : Salah Stétié a été ce passeur en traduisant lui-même de l’arabe en français Les Poèmes de Djaykoûr de Badr Chaker es-Sayyâb, ou de l’anglais au français Le Prophète de Gébrane Khalil Gébrane).
Le livre se termine sur le texte, « Hermès défenestré », qui prête son titre à l’ensemble du volume, et qui est une nouvelle et émouvante affirmation, au soir de la vie du poète, du pouvoir de la poésie :

[…] Mais l’éclair est en train de se former dans l

Dictionnaire des lettres françaises

DICTIONNAIRE DES LETTRES FRANÇAISES
 Le XXe siècle
« La Pochothèque », Le Livre de Poche, 1998
par Pierre Brunel

Né le 28 septembre 1929 à Beyrouth, il a été formé par l’enseignement de Gabriel Bounoure, à qui Stétié essayiste rend volontiers hommage : sa manière pénétrante, incisive parfois, n’est pas éloignée de celle de son maître, dont il partage l’immense culture, augmentée d’une double formation linguistique et littéraire L’Ouvraison (Corti, 1995), Hermès défenestré (Corti, 1997) constituent le point d’aboutissement d’une méditation ample et profonde Répondant a l’affirmation de Hölderlin :
« C’est poétiquement que l’homme habite cette terre », Stétié voit dans les « errants » ceux que « la poésie habille et habite, et c’est la terre ».

Dès son premier texte, écrit vers l’âge de dix-huit ans : Le Voyage d’Alep (Les Cahiers de l’égaré, 1991), Stétié quitte son pays natal,  » ce Liban d’eau froide et de mer bleue « , qu’il va représenter à l’étranger, d’abord comme délégué permanent auprès de l’UNESCO, puis comme ambassadeur aux Pays-Bas et au Maroc.
Il est significatif pourtant qu’il ait choisi de résider en France et, au fur et à mesure que les années passent, on sent dans son œuvre que la poésie pure l’emporte sur une poésie du terroir ou une poésie engagée.
Sans doute le premier recueil, L’Eau froide gardée (Gallimard, 1973), évoque-t-il, sobrement, le Liban, ses femmes, sa lumière, sa vocation à la souffrance. Mais, dans Inversion de l’arbre et du silence (Gallimard, 1980), ou dans L’Autre Côté brûlé du très pur (Gallimard, 1992), l’élément l’emporte sur LE génie du lieu dit : l’arbre, l’herbe, la terre le nuage, le ciel composent un paysage. réduit à une épure, comme s’il était passé par on ne sait quelle ordalie purificatrice. Peut-être est-ce la condition pour parvenir « au sein de l’être », sans le moindre recours a un quelconque platonisme des Idées, mais par le fait même d’exister.
Yves Bonnefoy a salué en Salah Stétié « le désir d’une vigilance » et « la foi dans une parole de poésie ». Comme pour le poète de Douve, le sens passe par le simple, mais ce simple ne se réduit en rien au simple grammatical. Stetié pro-cède volontiers par oxymore (« l’été de neige ») sa poésie est « obscure obscurément par transparence ».
Aussi peut-elle paraître difficile aux non-initiés. Aimant à se définir lui-même comme « l’homme du double pays », Stétié est moins l’homme des deux rives, comme l’Orphée de Rilke, qu’un poète de la vie. Cette vie reste inséparable pour lui du monde méditerranéen, pour lequel il milite, et d’une chaleur humaine qui est une garantie supplémentaire de plénitude

Encyclopédie Universalis

Né au Liban, au carrefour des civilisations arabe et européenne. Salah Stétié a, plus qu’un autre éprouve le choc de l’histoire, vécu et souffert le désir d’unité.
Cette confrontation, cependant, ne l’a pas conduit à choisir un monde contre un autre, mais bien au contraire à tenter de les concilier en forgeant un langage qui leur soit commun.
Dans ce désir de voir dans le bassin méditerranéen un espace non de guerre mais de rencontre, il s’en explique dans son essai Les Porteurs de feu (1972), à la fois prélude à sa poésie et étude appronfondie des racines spirituelles du monde arabe ainsi que de son possible avenir.
Il y parle notamment de sa conception du poème: « cessant d’être description, nomenclature, inventaire de surface, le poème sera un noeud de forces consumées dans l’acte même qui les noue, et devenues matières invisible, champ magnétique ». Cet espace de consumation, véritable creuset où toute la disparité contradictoire du monde se trouverait soudain concentrée en un alliage d’une exceptionnelle densité, porte à son point d’unité le plus haut.

Salah Stétié s’est attaché à le réaliser dans une suite de recueils : L’Eau froide gardée (1972), Fragments : Poème (1973), Inversion de l’arbre et du silence (1980), L’Etre poupée suivi de Colombe aquiline (1983).

On trouvera là les plus sûrs acquis de la poésie occidentale, sa faculté de rupture et d’invention formelle comme métamorphosée par l’amour si arabe de la parole qui, en faisant de chaque poème le couplet d’un chant voué à l’interminable, fait du livre une psalmodie et lui donne une couleur et une accentuation vocale inédites dans notre langue.
Souvent inspiré par la mystique de l’amour qui lie indissolublement douleur et désir, blessure et jouissance, le poème se fera donc ici invocation ci plainte, mêlera la suavité des images à l’âpreté des syncopes.
D’où une grande subtilité du rythme, attentif à scander au mieux la répétition et la variation des images choisies (l’épée, l’oiseau, la lampe), souvent empruntées à une tradition ici réanimée.

La poésie de Salah Stétié se veut à la fois sensuelle par le plaisir qu’elle éprouve à faire sonner les vocables, à les apparier, à le savourer dans toute la plénitude de leur sens, et dans le même temps cérémonielle, sachant se couler pas à pas, poème après poème, dans l’ordonnancement de la parole qui la guide et lui donne souffle.
En cela le mouvement de ses livres est proche du dessin infini de l’arabesque, chaque élément n’existant jamais séparément mais s’intégrant dans le grand rythme qui seul lui donne sa vente.
Comme l’arabesque encore, cette poésie est de nature alchimique: elle se refuse à reproduire le monde ou à le traduire simplement.
Elle cherche d’abord à le purifier, à ne conserver de lui que son essence: cet entrelacs d’images soigneusement choisies qui sont, pour Salah Stétié, autant de points de médiation ésotériques entre l’être et l’univers.

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